Même s'il a fait mieux, voici encore un bon film d'Amos Kollek, sans doute l'un des cinéastes à avoir le mieux filmé New York (que devient-il d'ailleurs ? il ne tourne plus depuis des lustres), et ce film-là, mêle humour et errance avec un dosage parfait, sorte de croisement entre Jarmush et Nadjari.
Film court de JLG réalisé pour Canal +, utilisant ses techniques habituelles de collages bande image / bande son, mais qui malheureusement ne transcende jamais la commande.
Trouvé en boite à livres, jeté un oeil et évidemment sans intérêt, et drôle de voir que toute la comm de l'époque fut faite sur Sophie Favier, égérie télévisuelle, alors qu'elle n'a qu'un second rôle et apparait très peu à l'écran (elle est pourtant seule sur l'affiche). Le film se la joue vieille Angleterre dans l'esthétique et l'esprit, quelque part entre Lady Chaterley et Lord Fauntleroy.
Enfin revu en bluray ce film que j'adore (le seul truc bien jamais fait par ce tâcheron de Boyle, on se demande comment il a réussi ce film), et il passe formidablement bien les ans. Le film reste pertinent sur plein de questions, notamment sur le fait que si tu isoles complètement quelques individus pour récréer une société idéale, les mêmes schémas de domination et de pouvoir finissent rapidement par se remettre en place (syndrome koh-lanta). L'autre chose très bien montrée par le film, c'est que la domestication du monde entier par les Occidentaux à ses limites, et qu'ils finissent par en payer le prix. Et ce que j'aime par dessus tout dans La Plage, c'est la quête d'un ailleurs, avec détermination et jusqu'au boutisme, qui est tellement bien rendue.
La Vie d'une Femme raconte la vie d'une femme, partagée entre vie personnelle compliquée et vie professionnelle (c'est une grande chirurgienne) beaucoup trop chargée. Et donc un double besoin de souffler, d'un côté comme de l'autre, de se retrouver pour ne pas s'effondrer, tout ça filmé dans un style très proche du cinéma français des années 70, un peu à la Claude Sautet pour le dire vite. J'avais beaucoup aimé Les Amours d'Anaïs, film précédent de la réalisatrice, mais celui-ci, pourtant en compète officielle à Cannes, est un peu moins convaincant. ça reste tout à fait visible, hein, pas de souci, mais Bourgeois-Tacquet ne transcende que trop rarement son sujet, reste un peu trop près de son scénario, tout le temps, ne s'en échappe que rarement. Et c'est là, justement que se nichent les plus belles scènes, notamment lors des belles scènes d'amour entre Léa Drucker et Mélanie Thierry, très sensibles, ainsi que leur escapade dans les montagnes italiennes.
Après le succès de cette série, assez inégale va-t-on dire, mais qui présentait tout de même quelques qualités, voici le film, enfin pas le vrai film mais le film Netflix. Et c'est une catastrophe abyssale. Un pur navet, totalement insupportable et irritant. Deux scènes seulement sont réussies, celle avec George Clooney et la première scène de tournage entre Laëtitia Casta et Vincent Macaigne. Le reste est un long tunnel de souffrance. C'est facile de comprendre pourquoi, le film ne traite jamais son sujet, à savoir celui des agents d'artistes, ce n'est plus qu'un vulgaire décorum sur lequel est plaqué à la va-vite une intrigue pourrie et des comédiens en surchauffe qui cabotinent jusqu'à l'épuisement.
Je pense que si on n'a pas lu le livre, on peut trouver ça pas mal. C'est une histoire toute simple de "home invasion" à la française, avec un peu de stress et un final dramatique. Le souci c'est que j'avais lu l'excellent roman de Laurent Mauvignier. Celui-ci est adapté à la lettre, il y a juste deux ou trois détails de rien qui changent histoire de faciliter la progression dramatique, mais vraiment rien. Le souci majeur c'est que le roman est écrit avec une gestion de la temporalité absolument saisissante, et originale, qui fait d'ailleurs qu'on ne peut jamais le lâcher, où chaque chapitre, correspondant à chaque séquence, est un bloc de temps, mais dans lequel l'auteur ralentit le temps, le dilate, centré à chaque fois sur un seul personnage, et c'est l'ajout d'une séquence sur l'autre qui donne au livre son rythme, son style, très cinématographique d'ailleurs; on comprend aisément en le lisant qu'il est idéal à adapter au cinéma. Bon, et ben alors, qu'est-ce qui cloche ? Eh bien justement que Léa Mysius n'utilise absolument pas ce canevas précieux pour construire son film, et préfère proposer une mise en scène on ne peut plus classique, à la temporalité linéaire, ce qui lui ôte une énorme partie du suspens présent dans le livre. Quel dommage. ça reste un film de qualité française pas honteux, bon casting (Monica Bellucci est excellente), mais en deçà du potentiel. Et surtout, on plaçait tous beaucoup d'espoir dans Léa Mysius après avoir vu Ava mais les deux films qu'elle a signés depuis, s'ils se présentent comme ambitieux, ne m'ont jamais vraiment convaincu.

De très très très loin le meilleur film du duo, qu'on revoyait pour montrer aux enfants, chez qui ça a bien marché aussi. Une comédie en état de grâce comme ça, où tout fonctionne, où chaque geste est ample et généreux, où il y a de l'ambition dans chaque plan, est quelque chose d'assez séduisant. On pense d'ailleurs beaucoup à Rappeneau.
ça faisait longtemps que je ne l'avais pas revu celui-ci, et plaisir de constater que ça fonctionne encore. C'est sans doute le film le plus original de Blier, le plus Buñuelien, et il n'en fait jamais trop, c'est sans doute pour cela que c'est encore bien en 2026. Et je suis content car j'ai réalisé que c'est dans ce film que Blier père prononce l'expression "Qu'est-ce que c'est que ce pastis ?" que j'emploie couramment et dont j'avais oublié la provenance.
Film espagnol sur la première affaire #metoo du pays, un cas de harcèlement puis de viol d'un maire sur l'une de ses adjointes chargée des finances. Pas mal dans l'intention, mais le film est un peu lambda, manque de point de vue de metteur en scène. Après je suis tellement pour que ce genre de films existent, surtout quand ils s'attaquent à de réels faits divers, qu'on ne peut qu'applaudir des deux mains.
J'ai été super surpris de voir que le nouveau film de Nicolas Winding Refn ne sortait que dans 38 salles en France, le rendant quasi invisible, alors que le mec fut jadis adulé à grande échelle. En le voyant, j'ai compris. Pas parce que le film est nul, loin de là, mais parce que c'est complètement barré, expérimental, sans fil narratif évident, qu'on est volontairement paumé dedans dès le début, et qu'il faut accepter de s'y perdre, car on ne s'y perd pas parce que c'est mal raconté, mais parce que NWR le souhaite, et que son dédale narratif, mental, est parfaitement maitrisé. Le film est plastiquement magnifique, c'est assez hallucinant, et propose un jeu mental en forme de labyrinthe qui évoque aussi bien Kenneth Anger, Cattet Forzani, Mandico ou Derek Jarman, allant même jusqu'à rappeler le cinéma de Brian de Palma, autre grand expérimentateur formel. D'ailleurs la musique du film est absolument sublime, et omniprésente, et évoque avec énormément de points communs flagrants les plus belles BO de Pino Donnagio pour De Palma. Et la joie de découvrir au générique final que la musique est belle et bien signée par le grand Pino Donaggio qui offre vraiment l'un de ses plus beaux scores. Quelle idée de génie de Refn que de l'avoir engagé pour cet étrange objet aussi tordu que fascinant.
Je n'avais que modérément aimé à sa sortie en salle en 2001, mais le revoir en bluray dans sa version longue nommée Va Savoir + de 3h44 a changé la donne. Disons que c'est version longue est parfaitement adaptée au film, et au style de Rivette, qui ne peut se déployer que sur le temps long. C'est fou d'ailleurs de voir que les grands cinéastes inventent souvent leur temporalité. Le temps ne s'écoulant pas comme dans la réalité quand on voit un film de Tarkovski, de Tarr ou de Rivette pour n'en citer que trois. D'ailleurs c'est Tarkovski qui disant que devant ses films le temps devait se comptabiliser en secondes mais en plans. C'est parfaitement le cas ici, et Rivette rend cela ludique en y calant sa valse de personnages parisiens, complètement hors du temps, comme si ils n'étaient que 6 personnages à peupler Paris, 6 personnages comme ceux de Pirandello, qui est justement l'auteur adapté et joué dans la pièce de théâtre qui est au centre du film.
Revu avec plaisir ce beau film d'horreur de possession diabolique early 70's, avec Jacqueline Bisset s'il vous plait, quel bonheur..., et magnifiquement secondée par les inquiétants Alan Alda et Curd Jurgens. Le cinéma d'horreur est souvent encore plus flippant quand il revêt les atours du cinéma hollywoodien.
Drôle de film que ce dernier Bruno Dumont. Il filme des enfants livrés à eux-mêmes (on ne voit jamais les parents) qui vivent dans une petite ville au bord de la Méditerranée, proche de la frontière italienne, et qui passent leur temps à escaler des gros rochers qui donnent leur titre au film, pour plonger dans la mer de plusieurs mètres de hauteur. Evidemment, comme on ne va pas mettre en danger des enfants de 8 ans, tout est réalisé à base d'effets spéciaux très voyants et vraiment gênants au début, et puis on est bien obligé de s'y habituer car c'est assumé comme tel. Ce que j'ai aimé c'est que les enfants sont filmés à hauteur d'enfants. Pas de tentative de psychologie adulte posée par dessus, pas de regard sexualisé de gros mâle comme on aurait pu le craindre (alors que le coeur du film est une histoire d'amour entre deux gosses), là dessus c'est vraiment carré. Mais Dumont s'enferme rapidement dans un schématisme dont il peine à sortir et qui laisse deviner, comme souvent malheureusement dans ses films, et plus encore dans ses films récents, qu'il se fout un peu de ce qu'il filme. Et puis, merde, même si le scénario n'est qu'une part infime d'un cinéma comme celui-ci, il pourrait au moins le bosser un minimum...
I like your hair.