Salut tout le monde.
je n'ai quasi plus le temps de passer ici malheureusement, alors de là à écrire sur les films.
mais bon, quelques mots rapides :
Comme vous le savez, je suis en pleine intégrale Chabrol, j'avais évidemment déjà tout vu, mais rien de tel que des rétrospectives complètes. J'ai vu qu'arte en repassait plein des meilleurs, en gros ceux réédités récemment par Tamasa, et j'ai donc l'impression que tout le monde remate du Chabrol en ce moment, c'est cool (mais peut-être pas de façon aussi jusqu'au boutiste que moi). Celui-ci est super important pour moi, car au delà du fait que c'est un de mes trois préférés et un de ses trois meilleurs (les trois se suivent en plus) c'était l'un des films préférés de mon père, et c'est lui qui me l'avait montré alors que j'étais très jeune, il était bouleversé par ce film, et je l'ai immédiatement été aussi, bien des décennies avant de moi aussi être père et de pouvoir appréhender correctement le drame traversé par le héros. Duchaussoy fut un acteur magnifique, d'ailleurs, on l'a oublié aujourd'hui, c'est injuste, je trouve. Bon et bien évidemment Yanne est un monstre d'acteur, il te bouffe l'écran, et je crois que personne n'a jamais aussi bien joué les salauds que lui. Et le film est bien évidemment le chef-d'oeuvre absolu dont je me souvenais, quasi par coeur.
Pas vu en salle, je l'ai rattrapé en bluray suite aux bons échos entendus un peu partout. Je n'en attendais rien de particulier, mais j'ai pris une bonne claque. C'est un film magnifique, d'une amplitude et d'une ambition qui n'en finissent pas de se déployer au fil du film. Le film est superbement mise en scène, et il crée avec le spectateur un degré de connivence qui augmente au fur et à mesure, exactement comme le lien entre cet homme et ce chien qui n'en finit pas se s'intensifier alors qu'il ne part de rien, voire même d'un rejet. Je ne sais pas ce que le cinéaste à fait avant ça, mais je vais suivre ses prochains films, c'est certain.
Le nouveau Jarmusch ne paie pas de mine et se présente tout en modestie, mais c'est justement ça qui en fait un grand film. Déjà, si ça semble facile, il est en réalité très dur de réussir un film à sketches, car il faut jongler avec tout et parties, rendre intéressante chaque partie en soi tout en parvenant à créer un tout cohérent, et JJ, coutumier du fait, s'en sort une fois de plus admirablement. Evidemment le sujet du film est le rapport enfants / parents, mais plus que ça, je trouve que ce que dit le film c'est que dans un tel rapport de famille, on se croit tous obligé de cacher ce qu'on est vraiment, tout du moins en partie, aux yeux de ses parents ou de ses enfants. Dans le premier film c'est le père qui cache qui il est vraiment à ses enfants, dans le second c'est la fille qui cache à sa mère qui elle est, et enfin, dans le troisième, les enfants peuvent enfin vivre en harmonie et découvrir la vérité sur leurs parents, mais parce qu'ils sont décédés. C'est un constat amer mais très pertinent de la notion de famille, dur mais balancé tout en douceur ce qui pour autant est loin d'en atténuer le propos. Et la balade dans Paris dans le troisième sketch est absolument merveilleuse.
J'adore deux films des Charlots, icelui et Le Grand Bazar, tous deux réalisés par Zidi et je voulais les montrer aux enfants. Gros succès, ils ont adoré, et ont ri tout du long. Normal ce film génial propose un humour intemporel et irrésistible inspiré des grands du muet à commencer par Buster Keaton, mais aussi pas mal inspiré de Tati (autre grand cinéaste du muet, période parlante). Par dessus ça, les gags sont poétiques et empreints d'humour absurde, c'est encore une fois un vrai régal.
Revoir un Hong Sang-Soo plus ancien permet de saisir avec encore plus de justesse combien son cinéma a évolué avec le temps, pour s'assécher dans un minimalisme qui semble parfois forcé, qui donne parfois des réussites, mais qui in fine me paraitra toujours moins beau que ce genre de films à la Turning Gate. Pourtant le propos est exactement le même mais le cinéaste est plus généreux dans ce qu'il nous donne à voir et dans la façon dont il le met en scène. Il filme en ville, dans des décors réels, il y a des figurants, bref, et même si en disant ça j'apprécie aussi la radicalité qui meut son cinéma actuellement. Ah et quelque chose de très étonnant, dans ce film il y a du cul. Plusieurs scènes. ça me semble impossible dans le cinéma d'HSS actuel.
Encore un immense Chabrol, un des trois plus grands, un des plus hitchcocko-langien comme le cinéaste aimait à se définir. Précis de mise en scène comme si on était à l'école, et une Stéphane Audran lumineuse, flamboyante, incandescente.
Dans les immenses Chabrol, celui-ci n'est pas toujours le plus cité, alors que c'est un chef-d'oeuvre total, servi par les deux meilleurs acteurs du monde, et sans doute celui dans lequel le cinéaste se fait le plus cruel. On dit avec raison que Chabrol est le cinéaste qui a croqué et raillé la bourgeoisie de province, à la Flaubert, mais je crois que jamais il n'a été aussi cruel et sans pitié envers eux que dans ce film-là.
La Rupture est un étrange film dans lequel le personnage joué comme toujours à l'époque par Stéphane Audran voit sa vie méthodiquement ruinée par un homme payé par son beau-père richissime désirant la détruire car elle accuse, à juste titre son fils (son mari donc) drogué, d'avoir voulu la tuer ainsi que leur enfant. Le film est longue déconstruction du personnage dans une pension de famille qu'on imaginerait très bien dans un vieux film de Duvivier, Chabrol jouant à merveille de la référence avec le cinéma français pré-Nouvelle Vague pour y insinuer en douceur mais de façon pernicieuse toute la cruauté inhérente à son oeuvre.
Un homme marié assassine sa maitresse, qui se trouve être la femme du couple qui sont les meilleurs amis du sien. Pris de culpabilité, il fait tout pour qu'on devine qu'il est l'assassin, mais comme personne ne fait attention, il va jusqu'à se dénoncer, et puisqu'on ne le croit pas ou qu'on lui pardonne il finira par se suicider. De toute la grande période de Chabrol, on a coutume de dire que c'est le grand film raté du lot, mais c'est compliqué que ça à la revoyure. Le film n'est pas sans intérêt loin de là et propose plein de pistes de réflexion qui dépassent largement le simple cadre du thriller, notamment en faisant plusieurs pas de côté vers le fantastique, l'abstraction, qui sont sans doute ce qui a valu sa mauvaise réputation au film mais qui paradoxalement lui donnent cette véritable originalité.
3ème et dernier opus de la saga, réalisé comme le second par Brian Yuzna (qui était aussi producteur du 1er, le chef-d'oeuvre du genre), c'est aussi le plus fauché (tourné entièrement en Espagne et avec des comédiens, hormis le héros, et une équipe espagnols), et le plus dispensable des trois. Il n'empêche qu'il contentera les fans de gore et de cette série adulée à juste titre, notamment pour, comme à chaque fois, un final dans la surenchère.
Revu ce film pour le montrer à mon fils qui a un tropisme pour le western, tant mieux. Je n'avais pas aimé la première fois, c'est l'époque où le cinéma grand spectacle hollywoodien me rebutait souvent de principe. Mais j'ai adoré le dernier Costner en date, un chef-d'oeuvre pour moi. Et là j'ai complètement réhabilité son classique, qui est un film absolument merveilleux et que j'ai vu ici dans sa version longue de 4 heures ! Il est l'un des rares westerns si ce n'est le premier (évidemment il y a la jurisprudence Soldat Bleu, mais je vois plus ce film comme une allégorie de la guerre du Vietnam transposée en western), à se mettre 100% du côté des Indiens et à défendre une population qui a totalement été décimée par les blancs. Le film parle de ça justement, et on a vraiment l'impression que Costner est comme son personnage, tout seul a essayer de garder cette frontière qui n'existe bientôt plus et qui disparait en même temps que le peuple indien. Une vraie merveille réhabilitée.

À l'Est avec Sonia Wieder-Atherton
J'avais laissé en plan ma rétrospective intégrale Akerman alors qu'elle était presque achevée, je reprends donc après quelques semaines de pause avec ce film dans lequel elle filme cette violoncelliste qu'elle aime beaucoup (elle lui a déjà consacré un autre film), en train d'interpréter un répertoire issu de pays d'Europe de l'Est. C'est plus à écouter comme un concert qu'à regarder comme un film mais la musique est belle et bien jouée.
Yann Gozlan avait créé le buzz avec Boite Noire, même si le film n'était pas aussi bien qu'on voulait nous le faire croire, il y avait pourtant quelque chose. Il revient avec deux longs en quelques mois, un qui sort très prochainement, et ce Dalloway qui traite de disparition de la liberté individuelle face à la présence de plus en plus grande que l'homme concède à l'IA. C'est encore un peu scolaire, tourné avec trop peu de comédiens dans un lieu clos pour qu'on ait envie d'y croire, mais franchement il tient son film de bout en bout et le constat est plus qu'amer. Et j'aime l'idée que le cinéma français s'intéresse au cinéma de genre, on l'a souvent délaissé à tort par excès de cinéma d'auteur, on y revient et c'est très bien.
Revisionnage d'un film qui a de nombreux défauts, scénario, morale, crédibilité, j'en passe, mais que j'aime bien car malgré tout cela le film est prenant et distille une imagerie d'époque qui me plait beaucoup. Je parle dans quelques lignes du Chien 51, mais on n'est pas si loin, car là aussi on invente quelque chose qui se substitue à la justice, et je trouve ça très bien, il y a un vrai regard critique, qu'on soulève dès l'époque ce genre de problème, surtout quand on voit qu'aujourd'hui le déni de justice et la soif d'appliquer soi-même sa propre justice sont devenus d'affreuses réalités.
Comme pour Danse avec les Loups évoqué plus haut, c'est le genre de films que je détestais à l'époque, espèce de néo-classicisme pompeux, que je trouve merveilleux aujourd'hui, car le temps est passé, la patine s'est déposé, et surtout je ne rejette plus le classicisme des 80's qui n'est ni plus ni moins que la prolongation d'un cinéma antérieur avec les moyens de l'époque. Ici c'est clairement du David Lean, ce n'est certes pas très aventureux comme cinéma, mais c'est absolument magnifique à chaque plan.
Paris dans un futur proche. La ville est divisée en trois zones, séparées par des checkpoints ultra sécurisés et infranchissables. Zone 1 grand luxe, pouvoir et argent, Zone 2 hyper bien, genre les arrondissements à 1 chiffre, et zone 3, la misère, les pouilleux, la mort, la peste, le choléra, etc. La sécurité de la ville est gérée par une IA, à grands coups de drones armés qui n'hésite pas à tuer tout ce qui ne respecte pas les règles; On est clairement dans une société de faf, mais pas si loin de celle qui nous pend un nez bientôt. Un ponte, l'inventeur de ce gros logiciel de sécurité est assassiné alors qu'il rentre chez lui (Ile Saint Louis, zone 1). Deux flics, une de zone 2 (Adèle E.) et un de zone 3 (le gros Gilou, loser dans sa life et qui traine ses souffrances comme sa bedaine) vont être forcés de travailler ensemble pour tenter d'identifier le ou les coupables de cet assassinat qui fait trembler la pouvoir en place. Le film s'est tellement fait descendre autour de moi que je vous avoue que je l'ai regardé pour pouvoir m'en moquer. Eh ben figurez-vous que j'ai trouvé ça super bien. J'avais déjà beaucoup aimé le Novembre de Jiménez, et là je dois dire qu'il revient à la fiction pure avec beaucoup de réussite, réussissant là où Besson échoue à chaque fois depuis 45 ans, à savoir réaliser un gros film de genre à la française, avec des moyens, de l'action, et du fond. Nous avons la chance d'avoir les plus grands créateurs d'univers en bande dessinée, je pense notamment à Möbius ou Bilal, et sommes incapables de transformer ça au cinéma. Eh bien Giménez le réussit parfaitement, son film m'évoque beaucoup la transposition des univers de Bilal ou de Möbius au cinéma d'ailleurs, comme jamais je ne l'avais vu auparavant. Bien sûr, tout n'est pas parfait, les seconds rôles pêchent parfois, souvent, mais l'ensemble tient parfaitement la route et se savoure avec autant d'intérêt qu'un bon film américain du genre. Jamais je n'ai tiqué ou ai été gêné par un truc qui faisait pitié ou ne tenait pas la route, j'ai simplement été embarqué. Et si il y a sans doute quelques clichés, c'est inhérent au genre et on les accepte avec beaucoup de facilité. Preuve que le film est réussi, le scénario ne s'effondre jamais, tient la route jusqu'au bout, et même la révélation finale n'est pas décevante, c'est dire. L'ensemble est à la fois un beau film d'action et un film qui met le doigt sur les dérives facistes et d'utilisation à outrance d'IA, avec justesse, sans lourdeur, et avec un sens du divertissement cinématographique omniprésent.