Après avoir commencé sa carrière dans la comédie, Bourboulon est devenu, avec l'aide des gros sabots de ses producteurs, le chantre de la grosse prod en costume made in France, adaptant Dumas à tour de bras, l'âme en moins. Il revient ici à un film plus modeste (même si réalisé avec beaucoup d'argent et de moyens, adaptant l'histoire vraie de l'Ambassade de France de Kaboul qui a sauvé la vie de centaines d'Afghans au moment où les Américains quittaient le territoire et que les Talibans s'en emparaient. Le film n'est pas ouf non plus, Zem joue moins bien que d'habitude, engoncé dans une prod trop grosse pour lui et qui ne lui laisse pas assez de liberté, mais franchement ça fait le job, et c'est intéressant, voire prenant de bout en bout.
La sortie, enfin, des meilleurs films de Chabrol en bluray pour Noël en gros coffret chez Tamasa, me donne envie d'une retro alors que je connais tout par coeur. Et dans le désordre bien sûr, pour mieux s'amuser. Poulet au Vinaigre, que j'ai toujours bien aimé, est un film assez bancal, dont l'intrigue n'est pas intéressante du tout, mais qui tient sur son climat, qui distille juste ce qu'il faut d'étrangeté, cette dernière se marriant très bien avec le cynisme du personnage principal, magnifique Poiret, acteur que je n'aime pas trop, mais qui ici trouve son meilleur rôle, Chabrol lui doit beaucoup. Belle galerie de second rôles, et superbe image bluray pleine de brume hivernale.
Suite de Poulet au Vinaigre, avec le même personnage, qu'il a ensuite décliné à la télévision avec moins de succès. Ce film-là est encore plus bancal, on n'est clairement pas loin du nanar, ça frise le Mocky dans la galerie de persos tous plus grotesques les uns que les autres, et une intrigue à la mord moi le noeud. Mais ça reste tout de même plaisant à regarder, et là c'est 100% grâce à Poiret et le personnage hilarant et cynique qu'il a su construire. La dernière réplique (que je ne vous gâche pas) qu'il prononce sur la soit disant photo de sa famille est à hurler de rire et sauve le film à elle seule.
Ce film-ci, noir et sombre, a toujours été à part dans la carrière de Chabrol. C'est encore plus étrange de le voir quand on sait ce qui est arrivé à Marie Trintignant... Mais ce dont je ne me souvenais pas c'est que la forme du film est ultra bizarre, se déroulant quasi exclusivement dans une chambre d'hôtel dans un face à face Trintignant / Audran avec de nombreux flashes back. Le film a un côté assez théâtre du macabre qui m'a fait penser parfois à Vecchiali, dans son étrangeté. Je n'ai pas lu le roman de SImenon, mais je pense tout de même que Chabrol a raté quelque chose d'essentiel dans le film, c'est la jalousie d'Audran sur Betty, car elle se suicide à cause de ça, et il y a forcément une tension latente ultra forte, a minima, qu'on ne ressent absolument pas ici.
Revu très peu de temps après la première fois pour deux raisons : le montrer aux enfants, qui ont ri autant que nous, et pour se préparer à aller voir le 2 en salle qui sort avant Noël. Franchement, c'est du cinéma populaire sans le moindre écart, mais c'est l'une des comédies françaises les plus drôles de ces dernières années, même la seconde fois.
La vie quotidienne d'un petit village paysan du fin fond du Portugal au début des années 80. Mais cette date n'a presque pas de sens tant ce qui est filmé est intemporel et pourrait se dérouler à n'importe quelle période. C'est un film de l'intime, très beau, touchant, contemplatif, avec une magnifique musique synthétique planante qui fait penser à celles d'Artemiev pour les films de Tarkovski. Ce qu'il y a de plus beau dans ce film, hormis la grande délicatesse avec laquelle la cinéaste, qui n'a réalisé que ce film dans sa carrière, filme ses acteurs, c'est qu'il est absolument impossible de dire s'il s'agit d'un documentaire ou d'un film de fiction. C'en est troublant et ça crée une magie folle. Mais surtout, je ne veux absolument pas savoir ce qu'il en est, la beauté du film tenant en équilibre sur ce mince fil.
C'est ridicule, consternant, un non-sens total pour un non-film. Les deux trucs les pires là-dedans : 1°) que Quenard pense qu'on puisse croire en 2025 à un tel mockumentary sur un acteur connu, qu'il puisse penser deux secondes qu'on va gober ne serait-ce que 5% de ce qu'il met dans son machin, en dit long sur l'estime qu'il a de son public. 2°) qu'il puisse croire deux secondes qu'il va choquer les gens en faisant des blagues pédophiles à répétition ou en parlant en boucle de son anus est peut-être encore plus consternant. Il ne suscite qu'une gène immense et profonde durant l'1h09mn que dure son machin génériques compris mais qui en temps ressenti frôle les 5 heures... Le pire dans tout ça : même si c'est une connerie sans queue ni tête, I Love Peru a totalement changé l'opinion que je me faisais de Quenard, et pas en bien vous imaginez... Et c'est irrémédiable.
C'est du Del Toro pur jus, avec ses défauts, et ses qualités. Les défauts, c'est que comme d'hab tout est toujours trop léché au millimètre, trop parfait, éclairé en orange, bleu ou vert uniquement en fonction des ambiances et des sentiments, les effets spéciaux se voient beaucoup trop et tout cela manque de vie, même recomposée. Les qualités, il y en a plein, mais la première qui me vient à l'esprit c'est l'Amour Infini que Del Toro a pour les monstres n'a jamais été aussi bouleversant qu'ici. Il aime les monstres, et rien que pour ça c'est un cinéaste qu'on se doit de respecter. Il les filme toujours avec une telle noblesse, et avec un regard d'enfant qui ne demande qu'à les apprivoiser. Son Frankenstein ressemble beaucoup à sa Forme de l'Eau, autre monstre, autre environnement, mais même film. Il y a des longueurs mais les 2h32 passent relativement vite, et je crois que son adaptation est très fidèle à Shelley (à confirmer). Et il parvient à réussir sa dernière heure, c'est même ce que je trouve de plus beau dans le film (notamment lorsque le monstre se réfugie dans la petite maison du vieillard à la campagne.
Un bon cru que ce second (troisième ? je ne sais plus, on n'arrive plus à compter) film de l'année pour Hong Sang Soo qui commence enfin à croire de nouveau à l'idée de récit. Ici, comme la promo l'indique très maladroitement en parlant d'un Mon Beau-Père et Moi à la sauce HSS, il filme un jeune homme, poète sans talent, qui rencontre la famille de sa petite amie pour la première fois de sa vie. Tout se passe bien, le père le prend en affection et semble lui apporter sa confiance, jusqu'au diner du soir où, ne tenant pas l'alcool dont le père l'abreuve sans cesse depuis le matin, il va partir en couille et se ridiculiser devant sa belle-famille, finissant comme une épave, et apparaissant dans toute sa médiocrité, révélée par la soeur de sa petite-amie, et la mère, elles même artistes. Le film est donc plus riche en rebondissements que les derniers films du cinéaste (bon, il ne faut pas non plus s'attendre à un virage à 180°), assez drôle, et se paie même le luxe de changer de décors plusieurs fois, et de filmer en extérieurs, presque une superproduction ! En revanche, je ne comprends toujours pas pourquoi il continue de filmer avec une image aussi volontairement dégueulasse. Ce coup-ci, c'est une image de caméra DV de bien 25 ans d'âge, pixelisant en permanence, et avec laquelle il ne fait le point qu'une fois sur deux. On peut appeler ça une signature, mais pour le coup ça ressemble plus à une limite et à un tic dont il gagnerait à se passer.