Après des années d'attente, enfin vu Wildwood.
Et autant le dire tout de suite : c'est une date dans l'Histoire de l'animation !
Laika propose ni plus ni loins ici que le long-métrage stop-motion le plus ambitieux de l'Histoire, au service d'une aventure de fantasy versant dans l'épique.
Prenant place dans l'Oregon natal du studio, on y découvre la jeune Prue McKeel, une adolescente qui va s'aventurer dans une forêt impassible après que son jeune frère est enlevé par une nuée de corbeaux. Accompagnée d'un camarade de classe, Prue va y découvrir un royaume magique menacé par la magie démoniaque de son ex-régente, tandis qu'une guerre gronde avec les peuples autochtones.
Wildwood livre ainsi un récit monomythique tenu, qui ne viendra fondamentalement pas bousculer le genre mais qui bénéficie d'un soin admirable à tous les niveaux.
Et en premier lieu sa fabrication exceptionnelle : que ce soit le niveau de dérails affichés, une animation au micron qui abolit toute saccade caractéristique de la stop motion, la photographie de toute beauté signée Caleb Deschanel (La Passion du Christ), ou encore le nombre hallucinant de personnages à l'écran (plusieurs dizaines qui se meuvent en même temps).... le résultat est tout simplement la plus grande révolution du genre depuis Dark Crystal !
Le tout prend même des proportions dingues dans son climax guerrier à la Braveheart, alors que les artistes de Laika se permettent des effusions de sang et autres tranchages en règle.
Et si cela ne suffisait pas, chaque personnage rencontré (d'une souris doublée par Awkwafina jusqu'à un aigle majestueux interprêté par Angela Bassett) est immédiatement incarné et vecteur d'émotions.
Car derrière son intrigue et une évolution de protagonistes plutôt attendue, l'emphase proposée par l'écriture, la mise en scène et la BO magistrale de Dario Marianelli parvient efficacement à aborder les notions de deuil et le prix de la guerre. Notamment via l'antagoniste doublée par Carey Mulligan.
On ressort de là (2h20 mine de rien) avec des étoiles dans les yeux, et l'impression que la capacité à émerveiller et surprendre au cinéma n'est finalement pas perdue. 16 ans de développement et 6 ans de profuction intense certes, mais chaque photogramme respire l'artisanat et la créativité totale.
Chapeau
4.5/5
Avec une trame et un développement plus singuliers de son héroïne, on touchait au masterpiece. Mais clairement ça doit gagner les Oscars de production design, effets visuels et animation rien que pour ce que le film représente et accomplit
Film intéressant à plus d'un titre ce Artificial, qui est clairement dans la mouvance de The Social Network et qui prend à bras le corps le sujet d'actualité technophile.
Ainsi le film nous immerge pendant une bonne décennie au sein de l'équipe Open AI (de ses fondations via les travaux d'Ilya Sutskever jusqu'à la main-mise de Musk et Sam Altman avec Google).
Mais en regardant le film, on comprend finalement que le réel sujet n'est pas tant l'IA, mais bien comment une création révolutionnaire peut être insidieusement récupérée par des corporates sans véritable notion de responsabilité. Un récit galvaudé depuis le feu prométhéen, et qui ne viendra finalement pas révolutionner quoi que ce soit à ce niveau.
Heureusement, il y a Luca Guadagnino à la caméra, filmant tous ses chercheurs de la Silicon Valley comme une fraternité universitaire (et même comme un culte profressivement mené par Altman). De quoi rendre le film plaisant malgré ses dissonances.Artificial ne s'intéresse jamais vraiment à la vie de ses personnages autrement qu'à travers leur travail, et malgré quelques séquences explicatives, l'outil IA en lui même n'est jamais vraiment matérialisé à l'écran autrement que par une énonciation de mise en garde contre la boîte de Pandore.
Le film prend d'ailleurs un malin plaisir à tirer l'alarme comme si nous avions affaire à HAL de 2001. Un surlignage qui est parfois grossier (nappe sonore grave comprise), parfois cohérent dans la manière de montrer l'érau idéologique dans lequel Ilya est piégé (Yuri Borisnov est génial et le meilleur acteur du film).
Le même constat pourrait être mis sur Andrew Garfield, dont l'audacieux cabotinage en figure gay vampirique passive-aggressive grossit outrageusement le trait vers le jubilatoire.
On pourra aussi parler de Jason Schwarztmann en lanceur d'alertes filmé comme le fou du bus, ou un Elon Musk caricaturé comme dans un sjetch SNL.
Mais voilà, Artificial a la patte de son auteur, et don travail métatextuel sur un érotisme (et donc une humanité) pervertie venant contaminer les couloirs stériles d'un monde masculin attiré par l'appat du gain est suffisamment éloquent et palpable pour en faire une proposition de cinéma qu'il sera intéressant de revisiter d'ici quelques années. Même si dans le traitement et l'écriture du sujet Artificial retourne les mêmes convictions et questionnements de chacun : l'IA c'est cool, mais quid des humains ?
3/5 ou 3.5/5