Le Centre de Visionnage : Films et débats

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cyborg
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Teza - Haile Gerima - 2009

Construit sur le motif rebattu du retour d'un individu au pays/ville/village natal (barrez les propositions inutiles), Teza parvient à donner à son sujet une dimension nouvelle, celle de la colonisation, celle du tiers-mondisme, celle de la Guerre Froide. Anberber, parti étudier et vivre depuis 20 ans en Allemagne de l'Est revient dans son village éthiopien. Tandis que se multiplient les retrouvailles et les souvenirs, rode une violente guerre civile, comme un lointain écho à la guerre contre l'occupation italienne à la fin des années 30. Composé d'une série de flash-back, nous apprenons peu à peu le parcours du héros, ses études de médecine, son engagement politique et son choix de revenir travailler dans son pays. Entre son désir de retour et son évolution personnelle, le tiraillement est grand, au point où peut-être seul son fantôme habite le film... L'ambition du film est immense -celle de parler de l'Histoire du monde vu depuis le Sud- et surprend par la clarté de sa narration. Bien que complexe, les enjeux et le scénario restent toujours lisibles, rendant sibyllin le désespoir du personnage principal. Le "Prix du Scénario" à Venise en 2008 est ainsi pleinement mérité. Le film surprend peut-être moins (pour ne pas dire qu'il pèche) par sa mise en scène. Même si le film fini par s'apaiser et explorer d'autres formes, il reste largement dominé par un montage rapide et resserré, avant tout symptôme d'un certain cinéma américain global. Pour un film abordant la (dé)colonisation c'est pour le moins surprenant. Nous sommes ainsi à des années-lumières du premier film du réalisateur, le magnifique ovni "La récolte de 3000 ans", signé près de 40 ans plus tôt. 40 ans ou le réalisateur aura lui-même vécu aux Etats-Unis...Pas de hasard.



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Film de montage, "Souvent l'hiver se mutine" se penche sur les archives cinématographiques du Poitou. Dans un renversement inattendu, et peut-être plus intéressant, c'est "Souvent l'hiver se mutine" qui donne une existence à ces archives. La post-projection du film, en présence du réalisateur, se composera d'une longue présentation de sa folle quête, de mairies en greniers, coup de fil après coup de fil. C'est donc bien par la volonté d'un individu qu'une prise de conscience aura pu avoir lieu sur l'intérêt patrimonial que représentent ces documents, jusqu'à présent peu considérés et aux bords de l'effacement. C'est donc ici l’œuvre qui crée son matériel et non le matériel qui crée l’œuvre.

Mais qu'en fait-il, Benoit Perraud, de ce matériel ? Alors que l'on nous parle des images, ce sont avant tout les sons qui l'intéressent - second retournement. "Souvent l'hiver" est en effet en premier lieu un film sur les chansons du Poitou, sur les champs populaires circulant d'esprits en esprits, de générations en générations et ce jusqu'à leurs quasi-disparition à l'orée des années 70. Le réalisateur est d'ailleurs lui-même ingénieur du son, son qu'il n'hésitera pas à recomposer plus ou moins adroitement quand ils viendront à manquer dans sa base d'archive (grincement, bruit de pas ou d'outil, etc). Le film vaut donc peut-être avant tout par sa bande sonore durant laquelle nous écoutons, non parfois sans sourire ou sans frémir, des chants particulièrement cinglants sur les conditions de vies des un.es et des autres, sur les rôles sociaux et les jeux de domination. "Ce que l'on ne peut dire il faut le chanter" nous disait une citation en ouverture du film. Serait-ce donc un film à regarder les yeux fermés ? Certes non, de nombreuses images étant singulièrement belles, mais force est de constater que leur montage reste sage et consciencieux, regroupant par thématique les divers visuels (l'école, la vie de famille, le travail ouvrier etc etc...), sans ambition excessive.

Ce qui manque peut-être plus au film, n'est pas tant la valorisation de ces images que la prise en considération de leurs régimes : s'agit-il "d'authentiques" documents d'époques, enregistrés par la petite bourgeoisie d'alors ; ou s'agit-il de documents tardifs, motivés par l'envie de "sauver ce qui va bientôt disparaitre". De l'un à l'autre ce qui nous est donné à voir est évidemment différent : par ses représentations, par ses choix, par ses jeux de mise en scène. Ces deux types d'images sont pourtant mis sur un pied d'égalité total par le réalisateur, qui semble les utiliser de façon indifférenciée. Son choix d'inclure des "chants traditionnels repris par un groupe contemporain" laisse à penser que, bien que la question ne semble guère le préoccuper, il penche lui-même vers le côté d'une douce folklorisation des mémoires. La promesse d'un des plans d'ouverture, assurément le plus beau du film (du moins par sa cocasserie : le caméraman filme le preneur de son courant après un vieil agriculteur, chantant juché sur sa charrue à bœuf) ne sera ainsi malheureusement jamais approfondie. Peut-être ce type d'interrogation pourront donner lieu à d'autres films, par d'autres auteurs plus enclins à interroger la nature de nos mémoires. Des projets qui ne pourraient évidemment émerger sans l'imposant débroussaillage permis par le film de Perraud, transformant de la sorte son travail en jalon essentiel de la connaissance du patrimoine français.


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Le courage du peuple - Jorge Sanjinés - 1971

Le sang du condor, paru en 1967, empruntait le style du néo-réalisme italien pour aborder frontalement une lutte de décolonisation (la stérilisation forcée de femmes Queshua par des ONG américaines). Le film a valu à son réalisateur une visibilité mondiale mais aurait, semble-t-il, perdu une part de son public local ne se reconnaissant pas dans un mode de narration alambiqué (flash-back etc) et faisant ainsi perdre au projet son efficacité militante immédiate. Pour remédier à ce travers, Sanjinés change de manière de travailler, et réalise un film hybride réunissant deux éléments que l'on aurait cru antinomiques. S'intéressant aux tueries des indigènes par le gouvernement bolivien, l'auteur réalise un gigantesque reenactement d'un mouvement de revendications sociales d'une communauté de mineurs - suivi par son massacre par les autorités. Tout ceci en faisant jouer les protagonistes par les populations directement affectées par le drame. Moi qui m'intéresse énormément à la question du "reenactement", je suis sidéré de découvrir ce film, qui propose dès le début des années 70 un tel procédé. Serait-il le premier du genre ? Cette question mise à part, il est très intéressant de constater que bon nombres de scènes d'actions (invasion de la mine, tuerie, etc) flirte avec le style du film d'action ou de guerre à l'américaine. En version cheap, assurément, mais l’aveu semble parler de lui même : si le public local était perturbé par le style du cinéma d'auteur européen, sans doute ne l'est-il pas par l'esthétique (globale, pour ne pas dire impérialiste) du cinéma américain. De la sorte, Le Courage du Peuple est une curiosité totale, captivant par sa radicalité, parfois par ses approximations, mais aussi par la beauté de certains de ses plans (les vues de montagne, ou s'échappent quelques hommes, étant particulièrement réussis).




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Ma curiosité de découvrir ce film Zambien récent dont le nom revenait régulièrement dans des listes sur internet, m'avait caché le fait qu'il était produit par A24... Et, malheureusement, sans surprise, c'est absolument "A24" qui l'emporte sur tout ce qu'est ou aurait pu être ce film. Une jeune femme, Shula, découvre au bord de la route le cadavre de son oncle. Le reste du film se composera de l'enterrement de ses préparatifs, de ses enjeux familiaux et culturel, visant à souligner le "déracinement" ou "l’acculturation" de l'héroïne, de passage dans son pays natal. L'"elevated horror" est ici délayé dans une sauce faussement ethnographique, dont l'étrangeté générale repose sur de maigres éléments répétitifs. L'ambition est là, la motivation et la précision aussi (les plans sont, dans l'ensemble, très soignés) mais il manque un soupçon de profondeur pour que le tout dépasse la somme de ses parties. Dommage, mais réalisatrice néanmoins à suivre.
Modifié en dernier par cyborg le ven. 5 juin 2026 10:32, modifié 1 fois.
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groil_groil
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sokol a écrit : mar. 2 juin 2026 04:40
groil_groil a écrit : lun. 1 juin 2026 14:01
Je te sais très remonté contre ce cinéaste, sans que je ne comprenne pourquoi, parce que franchement, je revois tout ses films, et dans chacun il y a une attaque pour ou moins directe contre le gouvernement de Poutine.
Bref, passons.
1. Au fond, je n’ai rien contre lui, mais contre les deux derniers films de Tarkovski (Nostalghia et Le Sacrifice). Ne serait-ce que les titres… (la nostalgie, le sacrifice, le bannissement… : c’est la même chose, n’est-ce pas ?)

Les cinq premiers films de Tarkovski, c’est vraiment autre chose. Il y avait de magnifiques portraits d’hommes (Rublev, Stalker, le poète du Miroir, le petit Ivan). Bien sûr, ces films sont imprégnés de l’âme russe, mais ce n’est pas leur sujet principal. Ils sont tellement universels qu’ils dépassent la Russie.

Puis arrivent ses deux derniers films, réalisés en Europe. Je les ai revus tous les deux très récemment ; j’avais d’ailleurs déjà touché un mot sur “Nostalghia” ici : viewtopic.php?p=138144#p138144
À mes yeux, ils ne parlent plus que de guerre culturelle (à croire que Tarkovski anticipait déjà la théorie de Huntington, ce qui est à vomir ! 🤮)

Zviaguintsev ne fait finalement que prolonger les deux derniers films de son maître. Mais Mungiu fait un peu la même chose hein, dès qu’il s’éloigne des sujets socio-économiques. Par exemple, dans “4 mois, 3 semaines, 2 jours” on ne sait quasiment rien de l’héroïne : elle veut avorter, l’avortement est interdit dans la Roumanie de Ceaușescu, et c’est tout. C’est du “Rosetta” vidé de… Rosetta ! Je veux bien croire qu’il ait voulu faire, peut être, du Bresson, mais Bresson ne vidait pas ses héroïnes de tout contenu social, économique et même politique ! L’héroïne de “4 mois… “ est montrée comme une pauvre conne (et je pèse mes mots) qui veut se débarrasser de ce fœtus, et rien de plus. Après, vas-y que je te montre en gros plan le fœtus pendant quarante secondes !

Et quand Mungiu réalise “RMN” bien sûr que cela donne tout autre chose ! Donc oui, ces cinéastes ont du talent, mais ils ne l’utilisent pas toujours intelligemment. En réalité, c’est surtout qu’ils ne l’utilisent pas politiquement comme il le faudrait ( mais cela est un autre débat).

Pareil avec “Elena” : c’est un très bon film parce que le cinéaste s’intéresse réellement à son héroïne et ne se contente pas d’une démonstration sur la guerre culturelle qui serait, soi-disant, le thème principal de nos sociétés, y compris dans les anciens pays de l’Est. Or c’est précisément ce que Zviaguintsev fait dans presque tous ses autres films (nous verrons ce qu’il en est du dernier).

2. Zviaguintsev attaque-t-il directement le gouvernement de Poutine au moins une fois dans chacun de ses films ?

Non seulement cela est le cadet des soucis de ce dernier mais cela l’arrange peut-être, puisque l’idéologie grand-russe dépasse de loin toute gouvernance particulière. Poutine entretient une correspondance avec Sokourov: c’est ce dernier qui nous l’apprend lui-même. Mais Sokourov a au moins l’honnêteté de le rendre public (personne ne l’y obligeait) et reconnaît lui-même se sentir humilié et offensé.
https://www.lalibre.be/international/eu ... ZSFB62Q3M/

L’exemple de Sokourov montre très bien que Poutine est parfaitement conscient que, dans un système économique libéral, les divergences de gouvernance ne sont, au fond, que des détails. Il a dû être l’homme le plus heureux du monde (encore faudrait-il qu’il en ait été informé) lorsqu’un cinéaste russe est monté sur la scène de Cannes pour l’appeler à l’arrêt de la guerre. (Je ne rentre pas ici dans les détails du type : « Si vous avez le temps M le Président de m’écouter quelques minutes, car vous avez d’autres décisions à prendre»)

Nous devons arrêter de regarder la Russie actuelle avec les lunettes de la guerre froide (Poutine serait un nouveau Staline sanguinaire, etc.). Ce n’est pas du tout ainsi que les choses se présentent. Poutine est soutenu par au moins (au moins !) une bonne moitié de la population russe. Zviaguintsev y a sans doute participé, consciemment ou non.

Une fois de plus, il suffit de regarder les dernières minutes du “Bannissement” : Alex a failli spirituellement, mais la Russie demeure grande, éternelle, sans commencement ni fin. Le film ne se termine pas sur Alex, mais sur la Russie qui lui survit.

P.-S. : De bons connaisseurs de la Russie contemporaine soulignent que le poutinisme ne représenterait peut-être pas la tendance la plus extrême parmi les courants de pensée russes, mais plutôt une ligne relativement modérée. C’est dire
Ce que tu écris est très intéressant, merci, et je ne connais pas la Russie comme tu la connais.
Mais juste :
- en revoyant tout je trouve que Zvia critique Poutine et son gouvernement dans chacun de ses films.
- ce n'est pas non plus le sujet principal de son cinéma en effet, mais il en a le droit, on ne fait pas du cinéma uniquement pour combattre un régime, enfin ça peut arriver pour certains cinéastes, mais on ne va condamner un cinéaste qui a d'autres ambitions (je ne dis pas que le faire n'est pas ambitieux, hein, au contraire).
- Oui il n'insulte pas Poutine directement à Cannes ou dans ses films, mais il n'a pas envie de finir au Goulag ou avec une balle dans la tête (plus prosaïquement, il souhaite pouvoir continuer à faire des films). Tu peux interpréter ça comme un manque de courage, mais je vois ça comme de l'intelligence.
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Tyra
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J'ai l'impression que le film est reçu de façon assez unanime, dans le sens où personne ne déteste le film, et personne de l'adore. Je suis tout à fait dans ces eaux là aussi. Le film a le mérite, sur un sujet proche de Valeurs sentimentales (que je n'avais pas aimé) d'être au moins très concret, pratique, dans sa manière de raconter cette tentative de réconciliation entre un père et sa fille, comment cette position d'autorité de metteur en scène, une sorte de rôle de père redoublé, entretiendra le gouffre qui sépare le père et sa fille. Alors dans le film norvégien, le tournage en lui même n'apparaitra qu'à la fin et ne sera que théorique, ici le tournage occupe la totalité du film après le premier quart d'heure, et le film n'est jamais meilleur que lorsqu'il est très précis sur ce tournage, comment les conflits se créent et se résolvent, les problèmes de logistique, les problèmes relationnels, etc. Toute l'entreprise humaine que constitue le tournage d'un film me semble très bien restituée. La grande force du film est aussi Javier Bardem, l'acteur (excellent), comme le personnage, son opacité, et sa sympathie aussi, malgré ses fautes évidentes, il reste toujours, au fond, aimable, touchant. La fille, à coté, me semble plus réduite à son rôle d'antagoniste, me semble moins exister en dehors de sa relation avec son père. C'est donc, je disais, dans le concret, dans la durée, que le film est bon, comme lors de la fameuse scène du tournage du déjeuner, interminable montée en tension et point culminant du film, qui pourtant ne tourne jamais à la démonstration de mise en scène, ou au malaise complaisant à la Östlund (j'ai pensé à la dernière scène d'A nos amours de Pialat, encore ce père tout puissant).
Malheureusement le film reste inégal car à coté de ça, Sorogoyen se sent obligé d'ajouter toutes sortes d'affèteries inutiles, changement de cadres, noir et blanc, intermèdes musicaux visant à tirer les larmes (lorsque Bardem écoute la musique sirupeuse que vient de lui envoyer son compositeur tout en regardant sa fille, au loin, grrr).
Je me permets de penser aussi, mais c'est personnel, qu'une fin non réconciliatrice aurait rendu le film plus fort, plus désespéré.
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robinne
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Tyra a écrit : ven. 5 juin 2026 11:39 Image
J'ai l'impression que le film est reçu de façon assez unanime, dans le sens où personne ne déteste le film, et personne de l'adore. Je suis tout à fait dans ces eaux là aussi. Le film a le mérite, sur un sujet proche de Valeurs sentimentales (que je n'avais pas aimé) d'être au moins très concret, pratique, dans sa manière de raconter cette tentative de réconciliation entre un père et sa fille, comment cette position d'autorité de metteur en scène, une sorte de rôle de père redoublé, entretiendra le gouffre qui sépare le père et sa fille. Alors dans le film norvégien, le tournage en lui même n'apparaitra qu'à la fin et ne sera que théorique, ici le tournage occupe la totalité du film après le premier quart d'heure, et le film n'est jamais meilleur que lorsqu'il est très précis sur ce tournage, comment les conflits se créent et se résolvent, les problèmes de logistique, les problèmes relationnels, etc. Toute l'entreprise humaine que constitue le tournage d'un film me semble très bien restituée. La grande force du film est aussi Javier Bardem, l'acteur (excellent), comme le personnage, son opacité, et sa sympathie aussi, malgré ses fautes évidentes, il reste toujours, au fond, aimable, touchant. La fille, à coté, me semble plus réduite à son rôle d'antagoniste, me semble moins exister en dehors de sa relation avec son père. C'est donc, je disais, dans le concret, dans la durée, que le film est bon, comme lors de la fameuse scène du tournage du déjeuner, interminable montée en tension et point culminant du film, qui pourtant ne tourne jamais à la démonstration de mise en scène, ou au malaise complaisant à la Östlund (j'ai pensé à la dernière scène d'A nos amours de Pialat, encore ce père tout puissant).
Malheureusement le film reste inégal car à coté de ça, Sorogoyen se sent obligé d'ajouter toutes sortes d'affèteries inutiles, changement de cadres, noir et blanc, intermèdes musicaux visant à tirer les larmes (lorsque Bardem écoute la musique sirupeuse que vient de lui envoyer son compositeur tout en regardant sa fille, au loin, grrr).
Je me permets de penser aussi, mais c'est personnel, qu'une fin non réconciliatrice aurait rendu le film plus fort, plus désespéré.
Je partage ton avis, et je suis preneur d'une explication sur ce que tu appelles "affèteries inutiles" (je n'aurais pas trouvé mieux) sur l'image : "changement de cadres, noir et blanc"
Si quelqu'un a compris à quoi ça servait, je suis preneur. Sur moi, l'effet a été que je sortais du film pour essayer de comprendre à quoi ça servait :lol:
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Tyra
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robinne a écrit : ven. 5 juin 2026 11:56
Je partage ton avis, et je suis preneur d'une explication sur ce que tu appelles "affèteries inutiles" (je n'aurais pas trouvé mieux) sur l'image : "changement de cadres, noir et blanc"
Si quelqu'un a compris à quoi ça servait, je suis preneur. Sur moi, l'effet a été que je sortais du film pour essayer de comprendre à quoi ça servait :lol:
Je n'ai pas compris non plus. Et je n'ai lu aucune critique tenter une explication.
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Tyra
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Ah oui, ce que j'aime aussi dans le Sorogoyen, c'est qu'il nous lâche la grappe avec "le film dans le film", dans le sens où, non seulement il ne tente pas de lier la fiction tournée dans le film au récit principal, à perdre le spectateur dans une mise en abyme prétentieuse (à la Triet dans Sybile par exemple), mais en plus il ne nous montre rien de ce film tourné, on aperçoit les plans tournés sur les moniteurs, mais sans que le plan tourné ne prenne tout le cadre, il reste toujours un cadre dans le cadre (si je me souviens bien).
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yhi
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C'est parce que Sorogoyen est un cinéaste à effets de manche (plans séquences, scènes intenses). Et quand il filme trop de scènes "normales" il doit se sentir plat et tenter d'ajouter de l'inutile.
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Tyra
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Juste un grand ennui. J'avais une séance à caler dans mon emploi du temps. J'ai senti assez vite que je n'étais pas le public cible : non seulement je ne suis pas nostalgique de l'époque racontée, ne l'ayant pas connue, mais de plus je ne suis pas nostalgique de nature. Et si les parents du film finissent par être intéressants et touchants, les enfants et leurs intrigues de touche-pipi prennent beaucoup trop de place et me sortent constamment du film.
Et sinon, pourquoi ne pas faire jouer des personnages "juifs arabes" par de vrais juifs arabes ?
Modifié en dernier par Tyra le ven. 5 juin 2026 12:25, modifié 2 fois.
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Tyra
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yhi a écrit : ven. 5 juin 2026 12:15 C'est parce que Sorogoyen est un cinéaste à effets de manche (plans séquences, scènes intenses). Et quand il filme trop de scènes "normales" il doit se sentir plat et tenter d'ajouter de l'inutile.
C'est tout à fait possible (je le connais peu), et c'est dommage. De grands cinéastes ont déjà dit, il me semble, que parfois un film c'est trois grandes scènes, avec des scènes banales entre elles pour faire les joints. Il faut accepter qu'un film ça puisse être ça aussi.
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Tyra a écrit : ven. 5 juin 2026 12:19 Image
Et sinon, pourquoi ne pas faire jouer des personnages "juifs arabes" par de vrais juifs arabes ?
Bégaudeau a abordé ce point très précis dans son épisode avec Microciné consacré au film. :D

Mais il ne pointait pas tant l’absence des Juifs que l’absence des Arabes…

Sa théorie (qui tient la route) : Nakache et Toledano sous couvert de faire un film consensuel font en réalité consciemment un cinéma raciste et excluant (il prolonge les griefs qu’il a déjà faits dans une précédente émission consacrée aux deux lascars…).
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sokol
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groil_groil a écrit : ven. 5 juin 2026 09:52 Ce que tu écris est très intéressant, merci, et je ne connais pas la Russie comme tu la connais.
Mais juste :
- en revoyant tout je trouve que Zvia critique Poutine et son gouvernement dans chacun de ses films.
- ce n'est pas non plus le sujet principal de son cinéma en effet, mais il en a le droit, on ne fait pas du cinéma uniquement pour combattre un régime,
Je n’ai dit nulle part qu’un cinéaste devait faire un cinéma pour combattre un régime (cf. les films de Kiarostami : pas un seul de ses film combattait le régime iranien)

groil_groil a écrit : ven. 5 juin 2026 09:52enfin ça peut arriver pour certains cinéastes, mais on ne va condamner un cinéaste qui a d'autres ambitions
Justement, il y a ambition et ambition ! Ce n’est pas un hasard si j’ai également pris le cas de Mungiu pour bien distinguer ses bons films lorsqu’il traite de sujets socio-politiques et économiques : cela donne alors de grands films comme Baccalauréat ou R.M.N. (un chef-d’œuvre à mes yeux). En revanche, dès qu’il s’attaque à des sujets métaphysiques, existentiels ou théologiques, cela se gâte : le scénario prend le dessus et la mise en scène devient lourde (4 mois, 3 semaines, 2 jours ou Au-delà des collines).

Zviaguintsev, à mon humble avis, à part Elena, ne fait que cela ! Donc, plus qu’une histoire de combattre ou non un régime, il s’agit plutôt de tomber exactement dans le panneau du régime (guerre culturelle, nationalisme grand-russe, etc.)
groil_groil a écrit : ven. 5 juin 2026 09:52 - Oui il n'insulte pas Poutine directement à Cannes ou dans ses films, mais il n'a pas envie de finir au Goulag ou avec une balle dans la tête (plus prosaïquement, il souhaite pouvoir continuer à faire des films). Tu peux interpréter ça comme un manque de courage, mais je vois ça comme de l'intelligence
Premièrement, il n’y a pas de goulag en Russie (la Constitution russe, qui date d’avant Poutine, a été copiée sur celles de ce qu’on appelle les démocraties libérales).
Mais, une fois de plus : Zviaguintsev est tout sauf un ennemi du régime de Poutine. Ses films, volontairement ou non, font même partie de la guerre hybride qu’il mène (dans laquelle la guerre en Ukraine s’inscrit également). Il ne risque rien en Russie, pas plus que ses acteurs, qui y sont déjà retournés. Je parie même que son film sera distribué en Russie
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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Kahled a écrit : ven. 5 juin 2026 14:56
Tyra a écrit : ven. 5 juin 2026 12:19 Et sinon, pourquoi ne pas faire jouer des personnages "juifs arabes" par de vrais juifs arabes ?
Bégaudeau a abordé ce point très précis dans son épisode avec Microciné consacré au film. :D

Mais il ne pointait pas tant l’absence des Juifs que l’absence des Arabes…

Sa théorie (qui tient la route) : Nakache et Toledano sous couvert de faire un film consensuel font en réalité consciemment un cinéma raciste et excluant (il prolonge les griefs qu’il a déjà faits dans une précédente émission consacrée aux deux lascars…).
Alors : j’avais écouté cette émission, mais uniquement la première partie, celle consacrée à Dao. Avant-hier, même si je n’ai pas vu le film, tu m'as donné envie d'écouter celle dédiée à "Juste une illusion" et, une fois de plus, Bégaudeau excelle lorsqu’il s’agit du cinéma de Nakache/Toledano. Son podcast d’il y a deux ans, qui durait 3h10, je le considère comme le meilleur qu’il ait fait, toutes catégories confondues, car il s’attaquait en outre à l’un des cinéastes de comédie français les plus célèbres du moment (et on connaît bien la passion du spectateur lambda pour la comédie au cinéma)

Du coup, j’ai « envie » de voir "Juste une illusion" (effectivement, je vais passer un moment à avoir envie de vomir, mais bon, j’ai toujours pensé que pour s’améliorer cinématographiquement et donc, pour s’améliorer tout court, il faut voir (ou écouter) l’ennemi. À ce propos, j’ai également « envie » de voir "L’Abandon" (film très probablement, au mieux bête, au pire soit abject car raciste, soit malhonnête car promoteur d’un « catéchisme laïc » : dixit Critikat)
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sokol a écrit : lun. 8 juin 2026 12:53
Kahled a écrit : ven. 5 juin 2026 14:56
Tyra a écrit : ven. 5 juin 2026 12:19 Et sinon, pourquoi ne pas faire jouer des personnages "juifs arabes" par de vrais juifs arabes ?
Bégaudeau a abordé ce point très précis dans son épisode avec Microciné consacré au film. :D

Mais il ne pointait pas tant l’absence des Juifs que l’absence des Arabes…

Sa théorie (qui tient la route) : Nakache et Toledano sous couvert de faire un film consensuel font en réalité consciemment un cinéma raciste et excluant (il prolonge les griefs qu’il a déjà faits dans une précédente émission consacrée aux deux lascars…).
Alors : j’avais écouté cette émission, mais uniquement la première partie, celle consacrée à Dao. Avant-hier, même si je n’ai pas vu le film, tu m'as donné envie d'écouter celle dédiée à "Juste une illusion" et, une fois de plus, Bégaudeau excelle lorsqu’il s’agit du cinéma de Nakache/Toledano. Son podcast d’il y a deux ans, qui durait 3h10, je le considère comme le meilleur qu’il ait fait, toutes catégories confondues, car il s’attaquait en outre à l’un des cinéastes de comédie français les plus célèbres du moment (et on connaît bien la passion du spectateur lambda pour la comédie au cinéma)

Du coup, j’ai « envie » de voir "Juste une illusion" (effectivement, je vais passer un moment à avoir envie de vomir, mais bon, j’ai toujours pensé que pour s’améliorer cinématographiquement et donc, pour s’améliorer tout court, il faut voir (ou écouter) l’ennemi. À ce propos, j’ai également « envie » de voir "L’Abandon" (film très probablement, au mieux bête, au pire soit abject car raciste, soit malhonnête car promoteur d’un « catéchisme laïc » : dixit Critikat)
:jap: :jap: :jap:

Et je confirme pour L’abandon…

J’ai vu le bousin… Et ben j’ai pas été déçu ! :lol: :lol:

(Sur le côté laïcard : t’as carrément une scène en fin de film où t’as un personnage, une femme musulmane, qui portait le voile, et à l’arrestation de son père islamiste, elle décide de l’enlever, le film faisant de facto un parallèle entre voile et islamisme… mais au-se-cours !!!!!!! 🤡

La scène aurait pu être écrite par Retailleau ! :lol: :lol: :lol: )
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Tyra
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Kahled a écrit : ven. 5 juin 2026 14:56

Bégaudeau a abordé ce point très précis dans son épisode avec Microciné consacré au film. :D

Mais il ne pointait pas tant l’absence des Juifs que l’absence des Arabes…
Oui, j'ai écouté, et il me semble qu'il parle de l'absence d'arabes tout court dans le film, notamment dans la bande de potes.
Mais pas du fait que les acteurs jouant les parents, Louis Garel et Camille Cotin, n'ont aucun lien ethnique avec ce qu'ils jouent, ce qui m'a pas mal perturbé, même si de toute façon, tout dans ce film sens le fake, la reconstitution fétichiste, et c'est peut être voulu d'ailleurs.
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Kahled a écrit : lun. 8 juin 2026 13:12

(Sur le côté laïcard : t’as carrément une scène en fin de film où t’as un personnage, une femme musulmane, qui portait le voile, et à l’arrestation de son père islamiste, elle décide de l’enlever
:lol: :lol: Oh non ! Il faut que je voie ça (je n'aurais pas pensé qu'il y ait carrément ce genre de scène), même si cela risque de me donner la nausée. J'avais lu sur Critikat qu'une sorte de martyrologie républicaine s'installe dans le film, et cela est très clair dans la mise en scène : « Anzorov est le seul personnage dont le visage reste indiscernable tout au long du film, qu’il soit flouté, laissé dans la pénombre ou tronqué par la caméra » (Critikat). Mais je n'avais pas prêté attention au paragraphe précédent : « Ainsi de la fille du prédicateur : débarrassée du foulard que lui impose son père... »

Tout cela me faisait penser à ce que disait Godard à propos de la puissance des images. Dans ses réflexions sur la défaite de 1940, Godard avançait l'idée que le cinéma et les actualités filmées ont joué un rôle politique et psychologique majeur. Il suggère que les Français ont vu pendant des années les images de la puissance allemande (défilés, armement, mises en scène grandioses du régime nazi) et que ces images ont contribué à créer un imaginaire de l'invincibilité allemande.
Aujourd'hui, avec la diversification extrême des images, on peut peut-être parler de guerres hybrides de l'image (tout en étant conscient que le cinéma a perdu, depuis au moins soixante ans maintenant, son statut de spectacle dominant de la société). Mais de la guerre quand meme
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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sokol a écrit : lun. 8 juin 2026 15:18
Kahled a écrit : lun. 8 juin 2026 13:12

(Sur le côté laïcard : t’as carrément une scène en fin de film où t’as un personnage, une femme musulmane, qui portait le voile, et à l’arrestation de son père islamiste, elle décide de l’enlever
:lol: :lol: Oh non ! Il faut que je voie ça (je n'aurais pas pensé qu'il y ait carrément ce genre de scène), même si cela risque de me donner la nausée. J'avais lu sur Critikat qu'une sorte de martyrologie républicaine s'installe dans le film, et cela est très clair dans la mise en scène : « Anzorov est le seul personnage dont le visage reste indiscernable tout au long du film, qu’il soit flouté, laissé dans la pénombre ou tronqué par la caméra » (Critikat). Mais je n'avais pas prêté attention au paragraphe précédent : « Ainsi de la fille du prédicateur : débarrassée du foulard que lui impose son père... »

Tout cela me faisait penser à ce que disait Godard à propos de la puissance des images. Dans ses réflexions sur la défaite de 1940, Godard avançait l'idée que le cinéma et les actualités filmées ont joué un rôle politique et psychologique majeur. Il suggère que les Français ont vu pendant des années les images de la puissance allemande (défilés, armement, mises en scène grandioses du régime nazi) et que ces images ont contribué à créer un imaginaire de l'invincibilité allemande.
Aujourd'hui, avec la diversification extrême des images, on peut peut-être parler de guerres hybrides de l'image (tout en étant conscient que le cinéma a perdu, depuis au moins soixante ans maintenant, son statut de spectacle dominant de la société). Mais de la guerre quand meme
Savoure bien ! Tu vas te régaler, je le sens. :lol:

Je te passe plein d’autres détails, je veux pas te gâcher la surprise ! :D

En fait, le film est honteux mais le plus fascinant c’est qu’il ne s’embarrasse d’aucune gêne ! :lol:

(« Vas-y te gêne pas ! » j’avais envie de dire au cinéaste à un moment bien précis du film…).

Et sinon oui, de la même manière que Nakache et Toledano sont en guerre (pour citer Bégaudeau), ce film aussi, dans le même esprit.

J’étais même allé plus loin sur SC en écrivant que c’est typiquement le genre de film qu’ils auraient été capables de réaliser s’ils avaient décidé d’abandonner le genre de la comédie populaire pour aborder le thriller / drame sordide sur fond d’histoire vraie (à ceci près que les deux cinéastes auraient peut-être mieux fait jouer leurs acteurs, dans L’Abandon le cinéaste m’a semblé faire exprès de faire surjouer les acteurs interprétant les personnages à l’origine de la fake news (notamment le faux imam) : je n’ai pas eu l’impression qu’on était face à des islamistes mais à des caricatures d’islamistes, pour bien enfoncer le clou au cas où le spectateur n’aurait pas bien compris…).

Ils ont dû adorer le film !
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Ouh là là… La page Wikipédia de l'auteur du roman dont est tiré le film L'abandon est assez surprenante :

« Lors de l'élection présidentielle de 2022, sa société a travaillé pour les campagnes de Marine Le Pen et de Valérie Pécresse »

« En 2023, il devient le principal cofinanceur de Factuel, un média en ligne orienté à droite »

« En juin 2025, avec le reporter Pierre Rehov, il publie le livre "7 octobre La Riposte", analysant la stratégie militaire menée par l'État Israélien »


Et c’est vraiment le livre d’un type comme ça qu’on décide d’adapter au cinéma pour raconter une histoire aussi douloureuse ?
Modifié en dernier par sokol le lun. 8 juin 2026 16:58, modifié 2 fois.
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sokol a écrit : lun. 8 juin 2026 16:17 Ouh là là… La page Wikipédia de l'auteur du roman dont est tiré le film L'abandon est assez surprenante :

« Lors de l'élection présidentielle de 2022, sa société a travaillé pour les campagnes de Marine Le Pen et de Valérie Pécresse. »

« En 2023, il devient le principal cofinanceur de Factuel, un média en ligne orienté à droite. »


Et c’est vraiment le livre d’un type comme ça qu’on décide d’adapter au cinéma pour raconter une histoire aussi douloureuse ?
Il a écrit le roman et il est producteur du film aussi…
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Finalement, j'ai décidé de voir "Sirat" :

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Je n'ai rien lu de ce qui a été écrit ici (je suis curieux, car, à mon avis, c'est un film qui peut vraiment diviser, pour de bon je pense, surtout sur le plan de ce qu'on peut appeler la cinématographie).

Pour moi, c'est une énorme blague. Le film est inoffensif, donc, du côté du fond, il ne pose aucun problème. En ce qui me concerne, je pense qu'il s'agit d'un survival qui prend la pose (je vais en donner plusieurs exemples) et qui veut se faire passer pour un film d'auteur.

Justement, commençons par un exemple : j'ai rarement vu un film avec un découpage aussi débile, un montage aussi inexistant, des scènes qui, dès qu'elles commencent, sont coupées ! Exemple concret : vers le premier tiers du film, un des raveurs (teufeur) enlève sa perruque et l'on découvre qu'il est chauve (il va devenir l'un des personnages principaux du film). Une fois la perruque enlevée (jusque-là, tout va bien, il y a une scène), cut ! Le réalisateur coupe ! On passe immédiatement à autre chose.

Et ne parlons même pas du fait que la musique techno n'est diégétique que durant les trente premières minutes, c'est-à-dire avant l'apparition du titre. Oh, la pose... mais bon, ne faisons pas trop les difficiles. Après cela, elle devient uniquement illustrative (en plus, elle est très laide). Or, dans un film où la musique est carrément centrale, c'est tout de même problématique.

Je vois bien l'influence de Sorcerer (Le convoi de la peur) et de Stalker, mais ce n'est même pas du Stalker pour les nuls ! :lol: Comment ce type a-t-il pu prétendre à la Palme ? Parce qu'il a trouvé quelques ficelles scénaristiques "dignes" d'un survival ? Un type saute soudainement sur une mine et c'est censé nous surprendre ? Moi, j'ai explosé de rire (heureusement que j'étais chez moi). Et après, la radio nous apprend que c'est bientôt la fin du monde puisque la Troisième Guerre mondiale frappe à la porte ? :lol:
Mais pourquoi les voyageurs de ce train qui traverse le désert , à la toute fin du film, font-ils tous la gueule ? Ces trains circulent tous les jours dans ce genre d'espace ! Je suis sur qui'ls ne font pas tous la gueule ! Ah oui, bien sûr : parce que la fin du monde approche...

Comment peut-on réaliser une mise en scène pareille et voir autant de médias la qualifier de belle et surprenante ? Le mec ne sait même pas construire une seule scène et il passe pour un génie ? Ah oui, et le point de vue : il change toutes les dix minutes ! On ne sait jamais qui regarde ni qui raconte. Parfois, le film semble adopter le point de vue du père. Puis, sans raison apparente, celui du fils. Ensuite, ce sont les raveurs qui deviennent le centre de gravité du récit. Puis Laxe paraît vouloir imposer son propre regard... mais seulement pendant trente secondes hein :lol:

Résultat : le film semble flotter d'un point de vue à l'autre sans jamais en assumer un véritablement.
Au moins, Lanthimos (je l'évoque parce que j'ai vu Bugonia dans l'avion : 5/10) est un cinéaste. Ses films ne sont pas ma tasse de thé, mais c'est un autre sujet. Laxe, en revanche, n'est pas un cinéaste, j'en suis convaincu.

À l'époque, j'avais quitté la salle au bout de trente minutes devant son "Viendra le feu". Cette fois-ci, j'ai regardé Sirat jusqu'au bout parce que, comme c'est un survival, on se laisse un peu piéger par le scénario. Mais j'ai eu des fous rires à chaque rebondissement. Entre la nullité (Viendra le feu) et le ridicule (Sirat), je crois finalement préférer la nullité : c'est un peu moins manipulateur.

Et le titre ! Sirat. Un seul mot. Comme Stalker, quoi. Sirat est, dit le carton au début du film, un pont que les âmes doivent traverser après le Jugement dernier. Il est plus fin qu'un cheveu et plus tranchant qu'une épée (en fait, dans la tradition islamique, Sirat est une épreuve, un passage entre la perdition et le salut). Mais quel rapport avec le film ? Aucun, à mes yeux. C'est juste là pour choquer, ou plutôt pour faire chic.

Je n'en reviens toujours pas de ce « film ». Franchement...
Modifié en dernier par sokol le mar. 9 juin 2026 13:12, modifié 1 fois.
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Bon, maintenant, je vais aller lire les commentaires déjà publiés sur Sirat :
cyborg a écrit : dim. 5 oct. 2025 21:51 Le film véritable peut commencer, celui d'une traversée aveugle du désert, tâche évangélique si il en est. Laxe y débute alors un film plastiquement superbe,
Tu plaisantes, j'espère ! Il ne sait même pas filmer le désert. Pourtant, il suffit de regarder comment David Lean le filmait dans Lawrence d'Arabie. Et on parle là d'un film « classique », pas d'une prétendue révolution formelle
cyborg a écrit : dim. 5 oct. 2025 21:51on songe à Gerry...
Ah ! Là, effectivement, tu m'aides ! Son modèle peut très bien être Gerry, un non-film lui aussi ! ( :hello: @asketoner)

D'ailleurs, je peux même dire une chose : si on aime Gerry, alors on peut tout à fait aimer Sirat. Pas automatiquement, évidemment, mais il y a quand même une certaine logique (meme si, "Gerry", à mes yeux, est bien moins ridicule)

cyborg a écrit : dim. 5 oct. 2025 21:51Alors que le film s'immobilise par un effroyable jeu de vie ou de mort, la seule façon de reprendre la route sera, à nouveau, la foi pure. "Droit devant sans trop y réfléchir" crie Luis aux deux survivants qui devront reproduire le miracle tandis que ses traces ont déjà été effacé par le vent.
Mais de quelle foi parle-t-on au juste ? Luis aurait une foi pure... mais une foi en quoi, exactement ? :roll:
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Tamponn Destartinn a écrit : sam. 27 sept. 2025 16:23 Et c'est sur cette absurdité que commence la seconde partie. Le personnage du père (très bon Segi Lopez) devient une poule sans tête.
C'est l'un des problèmes majeurs du film ! Si j'avais Laxe en face de moi, je lui dirais : « Putain, mais prends un scénariste ! »
Son Luis ne ressemble plus à rien (une poule sans tete - comme tu dis), à partir de la 30e minute (c'est-à-dire après l'apparition du titre). Mais à qui irais-je dire ça ? À un type mégalo comme Laxe ? Pfff...

Tamponn Destartinn a écrit : sam. 27 sept. 2025 16:23Encore une fois, j'étais devant la scène aussi bien méfiant qu'enthousiaste, tout dépendait du talent du metteur en scène pour nous embarquer dans cette idée via sa mise en scène... Et en fait BOOM. Champ de mines. Le film devient définitivement un film survival,
Ben oui ! Parce que le film, au fond, n'est qu'un (mauvais)scénario, (mal)filmé
Tamponn Destartinn a écrit : sam. 27 sept. 2025 16:23qui m'a fait fortement penser à la fin en voiture du Gerry de Gus Van Sant.
Tiens, deuxième fois qu'on fait référence à Gerry ! ;)

Tamponn Destartinn a écrit : sam. 27 sept. 2025 16:23Chose marrante : ma belle-mère a vu le film avant moi et m'avait dit "j'ai bien aimé au début, mais y a trop de drames". La formulation m'avait fait sourire, mais devant le résultat je pense qu'en vrai elle a tout dit !
:jap: Absolument ! Mauvais scénario mal filmé.
Tamponn Destartinn a écrit : sam. 27 sept. 2025 16:23Laxe a été gourmand et s'est perdu en route.
Mégalo, tu veux dire. Car amateuriste et ignare
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groil_groil a écrit : mer. 17 sept. 2025 14:26 On est pris au piège. Mais en même temps, cette scène m'a littéralement coupé le souffle : je n'arrivais plus à respirer au cinéma, et j'ai bien mis 10mn avec de retrouver une respiration normale,
C'est drôle quand même : tu es le cinéphage le plus pointu que je connaisse (cinéphile, cela va de soi), et ça a autant marché chez toi :hypnose:

groil_groil a écrit : mer. 17 sept. 2025 14:26je pense que Laxe veut ici filmer l'absurdité de la vie,
Justement ! Mais qui est-il, ce « cinéaste » qui n'est même pas capable de construire correctement un personnage (Luis, le père), et qui prétendrait nous apprendre ce qu'est l'absurdité de la vie ?? :ouch:

groil_groil a écrit : mer. 17 sept. 2025 14:26 mais je pense aussi beaucoup au merveilleux Inland de Tariq Teguia
Mon Dieu ! Tu fais bien de le rappeler !!! Mais "Inland" est un chef-d'œuvre auquel le film de Laxe n'arrive même pas à la cheville !!
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Et sinon, tu te remets en question parfois Sokol ? :D :mrgreen2:

Pour ma part j'étais assez content de mon texte, qui ne fut pas facile à écrire, et je pense que mon angle d'analyse peut se tenir, même si il est sans doute très personnel.
J'étais vraiment le premier surpris à plutôt apprécier le film, et j'ai été d'autant plus content de me laisser surprendre :)
Ça me rend curieux de voir un jour "Après le feu" (j'avais déjà vu Mimosa, qui m'avait perturbé par sa singularité - et que je te recommande bien sur pas :D ) , même si tu dis que c'est du caca.
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cyborg a écrit : mer. 10 juin 2026 10:06 Et sinon, tu te remets en question parfois Sokol ? :D :mrgreen2:
Je me remets constamment en question : la preuve, j'ai fini par voir Sirât, alors qu'a priori il ne m'intéressait pas particulièrement. Puis j'ai lu les trois critiques du film sur ce forum et j'ai essayé d'en débattre
cyborg a écrit : mer. 10 juin 2026 10:06'étais vraiment le premier surpris à plutôt apprécier le film, et j'ai été d'autant plus content de me laisser surprendre :)
Tant mieux !! (Comme j'aime bien le dire, il n'y a pas un seul film que je regarde sans avoir envie de l'aimer !!)

En revanche, je ne vois pas de contre-argument à ce que j'ai écrit. Ce n'est pas grave, mais je me demande : où est la dispute cinématographique ?
Modifié en dernier par sokol le mer. 10 juin 2026 10:40, modifié 2 fois.
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@cyborg Par exemple, j'aurais aimé savoir de quelle foi tu parles. Luis serait animé d'une foi pure... mais une foi en quoi, au juste ?Le film ne propose aucune piste, me semble-t-il (le personnage principale est une poule sans tête - j'aime beaucoup cette trouvaille de @Tamponn Destartinn)
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C'était une blague sokol ;)

Quant à la foi, je ne sais pas, une foi "mystique", je ne sais pas comment le dire. La foi n'est pas quelque chose de très rationnel, comme on le voit ici.
Wikipédia nous dit
"Le mot foi vient du latin fides qui signifie « confiance ». La foi désigne étymologiquement le fait d'avoir confiance en quelque chose ou en quelqu'un. Il s'agit d'un concept philosophique qui rejoint la notion de croyance, quand il est relatif à des religions.'

Laxe est clairement du côté du mystique, il le dit même en interview. Une sorte de foi "interlope", où se mélangent diverses influences.

Pour le reste non en effet je ne vais pas débattre d'un film vu il y a quasiment un an et que je n'ai pas particulièrement en tête ;)
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cyborg a écrit : mer. 10 juin 2026 10:53
Quant à la foi, je ne sais pas, une foi "mystique", je ne sais pas comment le dire. La foi n'est pas quelque chose de très rationnel, comme on le voit ici.
Wikipédia nous dit
"Le mot foi vient du latin fides qui signifie « confiance ». La foi désigne étymologiquement le fait d'avoir confiance en quelque chose ou en quelqu'un. Il s'agit d'un concept philosophique qui rejoint la notion de croyance, quand il est relatif à des religions.'
Tout à fait, mais cela reste sur le papier (sur une page Wikipédia, en quelque sorte). On ne voit rien dans le film, à part sur le carton au début, qui nous explique ce que signifie sirat.

Ou, pour prendre un exemple assez proche : "Stalker" parle de la foi ou, comme l’a résumé @asketoner en une seule phrase, parle de :« l’espoir de ceux qui n’en ont plus » (viewtopic.php?p=81523#p81523).
Mais dans "Stalker" (non seulement très dialogué, mais aussi traversé par la poésie du père de Tarkovski), tout est justifié "en image et en son" (Bresson). Là, il n’y a rien.... :(
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sokol a écrit : mar. 9 juin 2026 11:41
Alors je n'aime pas être traité de cinéphage :D je ne me considère absolument pas de la sorte, merci :D
Sinon, oui, il y a tout pour que je déteste ce film, mais il m'a fasciné.
Je pense que c'est vraiment une expérience à vivre en salle déjà, car comme avec la musique electro, ce film a quelque chose de vraiment immersif.
Et j'étais tellement dedans que je lui ai pardonné tous ses défauts, toutes ces outrances, et dieu sait qu'il y en a, car le trip était plus fort que tout le reste.
C'est sans doute un cinéma jetable, je ne sais pas si j'aurais envie de le revoir un jour, mais je n'ai pas la prétention de penser que tous les films doivent être jugés avec les mêmes critères, et l'expérience que m'a proposé celui-ci était suffisante pour que j'en ressorte secoué et vraiment impressionné même si j'y reconnais une certaine vacuité également.
En fait c'est simple : à la mort du gosse, soit je sortais de la salle, soit je restais. En choisissant de rester, je choisissais d'aimer le film.
I like your hair.
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Super surprise, super film, tellement drôle et intelligent, et tellement innovant. Je suis super content car ces dernières semaines j'ai découverts plein de jeunes films français ou belges, avec des tons totalement nouveaux, et tous éminemment cinématographique, et ça laisse espérer le meilleur pour l'avenir. Il y a ici quelque chose de totalement inédit, qui pourrait regarder du côté de Todd Solondz, mais avec une bienveillance et une tendresse que l'Américain ne possède pas. Une vraie réjouissance.

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Fin de ma rétro expresse Zviaguintsev en attendant la sortie du nouveau à la rentrée, et je dois dire que j'ai encore plus aimé ce Faute d'Amour que la première fois. C'est un film qui tisse pas mal de lien avec son premier, Le Retour, comme un retour au Retour, sauf que l'effet est inversé, après avoir suivi les enfants en fuite avec leur père, c'est désormais une fuite de l'enfant, une disparition totale, un corps qui s'efface de l'écran à jamais. L'enfant n'est même plus dans le hors-champ, il a littéralement disparu, mais en même temps il est partout, car sa présence hante chaque plan, un peu comme la jeune femme de l'Avventura, à qui Faute d'Amour fait évidemment beaucoup penser. Et il y a au début de ce film, le plan le plus déchirant du cinéma de Zviaguintsev, et l'un des plus déchirants tout court, celui de l'enfant qui découvre, caché derrière une porte, ce que ses parents, se croyant seuls, disent de lui, et qui hurle et pleure en silence pour ne pas se faire découvrir. J'en tremble encore en écrivant ses mots. Le plan m'a tellement choqué, pourtant je l'avais déjà vu, que j'ai ressenti le besoin de le voir une seconde fois, comme si j'avais besoin de ça pour l'accepter, pour être capable de l'encaisser.

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Vincent Macaigne joue le rôle d'un pauvre type qui n'a de rapports sexuels et amoureux qu'avec sa poupée gonflable hyper réaliste. On sent qu'il a beaucoup souffert d'une précédente relation et qu'il ne s'en est jamais remis. Et puis un jour, sans explication, sa poupée prend vie. Lui qui faisait croire à tout le monde, collègues et famille, qu'il avait une petite amie, il va devoir maintenant la présenter. Cette nouvelle jeune femme est sans filtre, et va mettre un coup de pied dans la petite vie bien tranquille de son amoureux. Mais elle va surtout le réveiller, et lui faire prendre conscience que sa vie n'est pas derrière lui. Film modeste, étrange et bancal, La Poupée trouve son équilibre une fois que la poupée devient femme, et tient un discours à la fois assez féministe engagé, mais toujours avec humour, et humaniste. C'est au final un film original et plutôt touchant, au ton juste.

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Le pitch était prometteur : un gamin va passer ses vacances dans un camp d'été de waterpolo, la rivalité entre garçons est grande, il essaie de se mettre du côté des meneurs, qui s'en prennent tous à un des gamins, isolé, perché, dans son coin, et atteint d'une maladie de peau. Ils décrètent tous qu'il a la peste. Notre jeune héros commence par se moquer aussi de lui, puis peu à peu essaie de le comprendre et s'en rapproche. Mais à partir de ce moment-là, il va lui aussi devenir une cible... The Plague est un film très esthétique, très léché plastiquement, et peut-être un peu trop car ça lui donne une certaine froideur qui laisse souvent le spectateur à distance. L'ambition du cinéaste est clairement de faire un Carrie dans l'univers masculin du water-polo mais il perd complètement le côté charnel qu'il y a et chez King et chez De Palma pour proposer une oeuvre, certes bien faite, très propre, et tout, mais qui manque de corps et s'oubliera très vite.

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La bande annonce du dernier Donzelli m'avait dissuadé d'aller le voir en salle mais en fait ça va, c'est moins chiant que ça en avait l'air, le film est même plutôt réussi. Il s'agit de l'adaptation d'un roman récent de Franck Courtès, je crois autobiographique, qui raconte la précarité d'un romancier pourtant publié dans une maison prestigieuse, obligé de travailler dans de petits boulots manuels et épuisants afin de pouvoir survivre financièrement. Le film évoque un sujet important, douloureux et souvent peu évoqué, de la précarité des artistes, dont beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté. Il est porté par la performance excellente comme souvent de Bastien Bouillon qui donne beaucoup d'épaisseur et de crédulité au personnage. La mise en scène de Donzelli est sobre (ce n'est pas toujours le cas) et elle s'appuie bien sur des passages lus du texte qui donnent le recul nécessaire. Mais peut-être que le film est trop proche du livre (je ne l'ai pas lu mais c'est ce qu'il donne à penser) et qu'elle aurait pu s'en éloigner un peu pour prendre son sujet à bras le corps.

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Le drame de l'immigration, vu des deux côtés, du point de vue d'une famille de migrants, qui n'a pas d'autre choix que de quitter son pays pour rejoindre la France. La cinéaste essaie d'épouser les deux points de vue, de manière humaniste, les migrants d'un côté, la police de l'autre, et de comprendre les deux. Avec une mise en scène et une esthétique à la fois "embeded", embarquée, comme si on y était, et très soignée visuellement, mais elle ne parvient pourtant pas à "embarquer" son spectateur qui reste globalement à l'écart, notamment faute de choisir son camp. Je ne veux pas dire par là que je souhaiterais qu'il y ait les gentils et les méchants, quels qu'ils soient, mais que le cinéaste ne prend jamais parti cinématographiquement et met tout, constamment, au même niveau.

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Gros succès commercial au Japon, Les Mouchoirs Jaunes du Bonheur est un film très beau, très émouvant, un road movie entre trois personnes qui n'auraient jamais dû se rencontrer, trois mavericks avec chacun leurs blessures, et qui vont faire route ensemble en espérant parvenir à les panser. L'esthétique 80's, assez proche des tous premiers films d'Hou Hsiao Hsien, dépoussière le côté film classique japonais et le mix entre les deux fonctionne à merveille.

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Le film de samouraïs revisité par Masahiro Shinoda ça donne quelque chose d'aussi étrange que savoureux : il situe l'action de son film à une époque où les samouraïs n'ont plus la nécessité de combattre, et ils vont donc devoir s'affronter en devenant des experts de la Cérémonie du Thé. C'est assez comique de voir ces guerriers se transformer en rois de l'infusion. Mais Shinoda ne prend pas ça à la rigolade, et propose un film aux enjeux forts, aux relations amoureuses contrariées et à la fin super tragique, et même violente. Le film est qui plus est superbement mis en scène et photographié.

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Un classique du film Pink japonais, mêlant culture pop, expérimentation, érotisme, revendications politiques et délires visuels. Le genre Pink est intéressant à découvrir, mais à chaque fois je reste sur ma fin, car si l'esthétique est là, le reste n'est pas très intéressant, et semble d'un autre temps. Je cherchais de quoi je pourrai rapprocher ça en Europe, et j'ai trouvé, le cinéma Pink est une version japonaise des films de José Bénazéraf.

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Classique du cinéma taïwanais, Typhoon est un beau film d'intrusion, mais pas seulement, magnifiant la nature et pas seulement, au moyen d'un noir et blanc magnifique. J'aime tout dans ce film, mais je dois reconnaitre pourtant que je m'y emmerde un peu, et je pense que ce qui génère ça c'est que le cinéaste refuse de hiérarchiser, ses idées, ses informations narratives, ses plans, ses séquences, et ça a comme conséquence de proposer un film toujours sur la même tonalité, entrainant forcément un petit sentiment de lassitude.
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sokol
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groil_groil a écrit : mer. 10 juin 2026 14:00
Alors je n'aime pas être traité de cinéphage :D je ne me considère absolument pas de la sorte, merci :D
Sinon, oui, il y a tout pour que je déteste ce film, mais il m'a fasciné.
Je pense que c'est vraiment une expérience à vivre en salle déjà, car comme avec la musique electro, ce film a quelque chose de vraiment immersif.
Et j'étais tellement dedans que je lui ai pardonné tous ses défauts, toutes ces outrances, et dieu sait qu'il y en a, car le trip était plus fort que tout le reste.
C'est sans doute un cinéma jetable, je ne sais pas si j'aurais envie de le revoir un jour, mais je n'ai pas la prétention de penser que tous les films doivent être jugés avec les mêmes critères, et l'expérience que m'a proposé celui-ci était suffisante pour que j'en ressorte secoué et vraiment impressionné même si j'y reconnais une certaine vacuité également.
En fait c'est simple : à la mort du gosse, soit je sortais de la salle, soit je restais. En choisissant de rester, je choisissais d'aimer le film.
Je comprends parfaitement ta démarche. Mais justement, concernant la musique : j’ai lu hier une critique sur SensCritique, l’une des rarissimes critiques négatives (je l’avoue, je voulais vérifier si j’étais le seul à penser ainsi de ce film). Non seulement l’auteur pointe à peu près les mêmes problèmes que moi, mais il semble également bien s’y connaître en musique : https://www.senscritique.com/film/sirat ... /326904491

On peut notamment y lire :

« Le comble, le mastering est raté : la musique qui se veut écrasante manque de poids et de relief. »

Je ne l’ai pas écrit dans ma critique, mais, franchement, pendant le film, je me faisais exactement la même réflexion : la musique manque de relief, alors même qu’il s’agit de techno !

Plus loin, il écrit :

« [La musique] est de plus assez mal choisie puisque Kangding Ray (qui signe la bande-son) est un artiste qui a toujours proposé une techno conventionnelle et finalement assez ennuyeuse »


Crois-moi, hier, je suis allé écouter quelques morceaux de Kangding Ray. Je ne suis pas un spécialiste de techno, mais j’ai quand un peu fréquenté ce "milieu". Jusqu’à 40 ans, je sortais de temps en temps dans des soirées house et techno ( j’adore danser en fait : je ne sortais pas forcément souvent, mais je sortais peu et bien, comme j’aimais le dire), notamment à la Green Komm à Cologne, où il m’est arrivé d’enchaîner afters et même laters :mrgreen2: . Bref, sans prétendre être expert, j’ai quelques repères ;)

Et effectivement, je n’ai pas trouvé ce que fait Kangding Ray particulièrement passionnant (j'ai écouté seulement ça) :
https://www.youtube.com/watch?v=cEeRO-zV4Sw

Or, comme tu es la personne la plus mélomane que je connaisse (et ça, tu peux me l’accorder, même si tu m’as déjà dit, sur un autre site, qu’il existait des gens plus pointus que toi en musique), trouves-tu vraiment ce compositeur exceptionnel ? :??:
Modifié en dernier par sokol le mer. 10 juin 2026 15:40, modifié 1 fois.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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groil_groil
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sokol a écrit : mer. 10 juin 2026 15:24
groil_groil a écrit : mer. 10 juin 2026 14:00
Alors je n'aime pas être traité de cinéphage :D je ne me considère absolument pas de la sorte, merci :D
Sinon, oui, il y a tout pour que je déteste ce film, mais il m'a fasciné.
Je pense que c'est vraiment une expérience à vivre en salle déjà, car comme avec la musique electro, ce film a quelque chose de vraiment immersif.
Et j'étais tellement dedans que je lui ai pardonné tous ses défauts, toutes ces outrances, et dieu sait qu'il y en a, car le trip était plus fort que tout le reste.
C'est sans doute un cinéma jetable, je ne sais pas si j'aurais envie de le revoir un jour, mais je n'ai pas la prétention de penser que tous les films doivent être jugés avec les mêmes critères, et l'expérience que m'a proposé celui-ci était suffisante pour que j'en ressorte secoué et vraiment impressionné même si j'y reconnais une certaine vacuité également.
En fait c'est simple : à la mort du gosse, soit je sortais de la salle, soit je restais. En choisissant de rester, je choisissais d'aimer le film.
Je comprends parfaitement ta démarche. Mais justement, concernant la musique : j’ai lu hier une critique sur SensCritique, l’une des rarissimes critiques négatives (je l’avoue, je voulais vérifier si j’étais le seul à penser dainsi de ce film). Non seulement l’auteur pointe à peu près les mêmes problèmes que moi, mais il semble également bien s’y connaître en musique : https://www.senscritique.com/film/sirat ... /326904491

On peut notamment y lire :

« Le comble, le mastering est raté : la musique qui se veut écrasante manque de poids et de relief. »

Je ne l’ai pas écrit dans ma critique, mais, franchement, pendant le film, je me faisais exactement la même réflexion : la musique manque de relief, alors même qu’il s’agit de techno !

Plus loin, il écrit :

« [La musique] est de plus assez mal choisie puisque Kangding Ray (qui signe la bande-son) est un artiste qui a toujours proposé une techno conventionnelle et finalement assez ennuyeuse »


Crois-moi, hier, je suis allé écouter quelques morceaux de Kangding Ray. Je ne suis pas un spécialiste de techno, mais j’ai quand un peu fréquenté ce "milieu". Jusqu’à 40 ans, je sortais de temps en temps dans des soirées house et techno ( j’adore danser en fait : je ne sortais pas forcément souvent, mais je sortais peu et bien, comme j’aimais le dire), notamment à la Green Komm à Cologne, où il m’est arrivé d’enchaîner afters et même laters :mrgreen2: . Bref, sans prétendre être expert, j’ai quelques repères ;)

Et effectivement, je n’ai pas trouvé ce que fait Kangding Ray particulièrement passionnant (j'ai écouté seulement ça) :
https://www.youtube.com/watch?v=cEeRO-zV4Sw

Or, comme tu es la personne la plus mélomane que je connaisse (et ça, tu peux me l’accorder, même si tu m’as déjà dit, sur un autre site, qu’il existait des gens plus pointus que toi en musique), trouves-tu vraiment ce compositeur exceptionnel ? :??:
Je connais la musique de Kangding Ray depuis ses débuts, et c'est vraiment un homme de l'ombre, de l'underground, et sa musique est passionnante, riche et complexe, mais très éloignée de la techno mainstream qu'on entend en club. Pour moi, que le cinéaste ait choisi ce musicien a beaucoup de sens, et c'est une preuve de goût. Je trouve sa musique pour le film superbe, et oui elle est écrasante et frontale mais c'est le but recherché. Et le fait qu'il l'ait choisi est vraiment signe de courage et de goût car c'est un choix qui va à l'encontre de ce qu'on pourrait attendre. En tout cas c'est vraiment la preuve de quelqu'un qui a du gout et qui sait prendre des risques.
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groil_groil a écrit : mer. 10 juin 2026 15:34
Je trouve sa musique pour le film superbe, et oui elle est écrasante et frontale mais c'est le but recherché.
Justement, le gars dit que la musique qui se veut écrasante, manque de poids et de relief.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
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sokol a écrit : mer. 10 juin 2026 15:43
groil_groil a écrit : mer. 10 juin 2026 15:34
Je trouve sa musique pour le film superbe, et oui elle est écrasante et frontale mais c'est le but recherché.
Justement, le gars dit que la musique qui se veut écrasante, manque de poids et de relief.
oui mais je ne suis pas du tout d'accord.
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sokol a écrit : mer. 10 juin 2026 12:05
cyborg a écrit : mer. 10 juin 2026 10:53
Quant à la foi, je ne sais pas, une foi "mystique", je ne sais pas comment le dire. La foi n'est pas quelque chose de très rationnel, comme on le voit ici.
Wikipédia nous dit
"Le mot foi vient du latin fides qui signifie « confiance ». La foi désigne étymologiquement le fait d'avoir confiance en quelque chose ou en quelqu'un. Il s'agit d'un concept philosophique qui rejoint la notion de croyance, quand il est relatif à des religions.'
Tout à fait, mais cela reste sur le papier (sur une page Wikipédia, en quelque sorte). On ne voit rien dans le film, à part sur le carton au début, qui nous explique ce que signifie sirat.

Ou, pour prendre un exemple assez proche : "Stalker" parle de la foi ou, comme l’a résumé @asketoner en une seule phrase, parle de :« l’espoir de ceux qui n’en ont plus » (viewtopic.php?p=81523#p81523).
Mais dans "Stalker" (non seulement très dialogué, mais aussi traversé par la poésie du père de Tarkovski), tout est justifié "en image et en son" (Bresson). Là, il n’y a rien.... :(
Je t'avoue que quand j'ai revu Stalker il y a quelques années il est pas mal descendu dans mon estime. Ça reste un très grand film, évidemment. Mais cette revoyure m'a fait réaliser à quel point il était dialogué -pour ne pas dire bavard- avec une certaine tendance vers le théâtre de l'absurde. Donc le citer à tout bout de champ comme film-étalon, je ne comprend pas.
Quant à Sirat, si il n'est absolument jamais question de foi à l'image (d'après toi) mais que pour ma part je l'ai vu, c'est qu'il doit tout de même y avoir quelque chose. Rien que la traversée du désert, bon... Pas toujours besoin de mettre une couronne d'épine à son perso principal pour faire passer le message :D
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cyborg a écrit : jeu. 11 juin 2026 09:01 Donc le citer à tout bout de champ comme film-étalon, je ne comprend pas.
Je le cite parce qu'il hante l'imaginaire de toute une génération de jeunes cinéastes (nous avons d'ailleurs déjà évoqué ici cette forme de « tarkovskomanie ») : de Bi Gan (Un grand voyage vers la nuit) à Phạm Thiên Ân (L'Arbre aux papillons d'or), en passant par Oliver Laxe, pour ne citer que les exemples les plus évidents.

cyborg a écrit : jeu. 11 juin 2026 09:01mais que pour ma part je l'ai vu, c'est qu'il doit tout de même y avoir quelque chose. Rien que la traversée du désert, bon...
Moi je ne l'ai pas vu...
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Tyra
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Ce n'est pas un mauvais film, loin de là, mais ça ne me passionne pas des masses. Soderbergh reconduit sa petite obsession pour le faussaire malin, ici adapté au monde de l'art, dans une joute verbale d'une heure et demi entre un artiste et une copiste faussaire pour le compte des horribles héritiers dudit artiste, celle-ci changeant d'allégeance entre l'artiste et les héritiers au fil d'un affrontement psychologique qui conduira à un compromis entre les deux positions (le peintre retrouvera l'envie de peindre grâce aux réminiscence d'un amour lointain, et la femme terminera le travail). C'est une belle idée, mais ça reste très froid, très théorique.

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J'ai un problème principal avec ce film, qui conditionne tout le reste, c'est qu'on ne sait jamais pourquoi l'écrivain abandonne son métier de photographe, apparemment très bien payé, pour des petits boulots "uberisés". A un moment, le père de l'écrivain lui pose la question, et celui-ci lui répond qu'il l'aurait su s'il avait daigné lire son livre. Façon j'imagine de botter en touche pour Donzelli, alors qu'il s'agit pour moi du cœur du film : car il ne peut pas y avoir de comparaison possible entre quelqu'un qui enchaine ces boulots pour survire, et quelqu'un qui sacrifie son confort pour... on ne sait pas, mais il le fait par choix. Ce choix restant flou, on ne peut s'empêcher de penser à un caprice bourgeois d'auto-apitoiement et d'autodestruction, mais là encore, tout ça restera bien mystérieux. En tout cas, s'il y a une raison artistique ou moral, éthique, à sa décision, nous n'en sauront rien. Nous sauront tout en revanche de l'application qu'il utilise et de la mise aux enchères des petites missions, et c'est pas mal, mais loin d'être suffisant. Reste aussi un catalogue sociologique un peu lassant d'expressions de mépris de classe de la part des clients que doit subir notre néo travailleur manuel, mais là encore, est-ce que cela fait un film ?
Sinon, Bastien Bouillon est très bien.
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Tamponn Destartinn
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Histoire de ne pas y aller par 4 chemins, je me demande très sincèrement si ce n'est pas le Spielberg le plus mal écrit de toute sa filmographie. Le film est construit comme une éternelle course poursuite : tous les quarts d'heure environ, les méchants trouvent les gentils et les gentils doivent s'enfuir. Or, il n'y a pas une fois où j'ai cru à la façon dont les méchants les trouvent puis dont les gentils leur échappent. Vraiment, pas une seule fois, je n'exagère aucunement, c'est un constat aussi ridicule qu'impressionnant. Cela signifie donc que tous les quarts d'heures, ma suspension d'incrédulité en tant que spectateur explose, et NON tonton Steven, je ne ne consens pas à la maintenir, il faut arrêter maintenant, c'est limite de l'agression là ! Tout cela en plus, pour qu'au final, quand nous est révélé le plan initial du chef des gentils, si tu te poses deux secondes tu te demandes très très très sérieusement à quoi ont servi les 3/4 des étapes pour en arriver à cette finalité. Réponse : à rien. C'était juste pour nous amener à cette structure du chat et la souris qui n'a ni queue ni tête.

Bon, ça c'est le scénario. Est ce que le film est alors un objet de cinéma tellement fort qu'en réalité on s'en fout royalement ? Evidemment, si j'ai bloqué dessus dans mon premier paragraphe, c'est que je pense que non. Spielberg fait du Spielberg, mais dans tous les domaines ça me semble en sous régime. Que ce soit dans la mise en scène d'action pure que dans sa façon de mettre en image ses thèmes de prédilection. On sent bien que l'ambition principale est de faire du divertissement à l'ancienne, mais je trouve que le résultat est avant tout ringard. Je ne parle même pas du look des aliens. Mais, par exemple, j'en reviens au final, qui cherche à mettre en scène un évènement mondial, un moment de partage avec toute l'humanité : je trouve que la façon de faire ne fonctionne pas avec notre époque. C'est fainéant, en fait. Comme la structure narrative, c'est le mot clé.

Après, tout n'est pas raté non plus. En vrai, je me rends compte que les deux personnages principaux, qui mettent du temps à se retrouver, représentent chacun des aspects différents du film. Emilie Blunt est la partie un peu comédie et en même temps la partie la plus spirituelle. Josh O'Connor est la partie poursuite/action et en même temps plus cartésien, type théorie du complot à notre époque. Et c'est sans appel : Emilie Blunt représente tout ce qu'il y a à sauver du film, et Josh O'Connor tout ce qui ne fonctionne pas. Mais selon moi, au vu de tout ce que j'ai dit avant, le verre est à moitié vide, pas à moitié plein.
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