Ce sont deux jeunes normaliens brillants, ils préparent tout deux le concours de l'ENA, s'aiment, et sont en vacances dans la belle villa corse de son père à lui. Elle, est de famille modeste. En voiture, ils se font agresser par un local un peu timbré, la situation dégénère, et elle le tue. Ils cachent le corps, mais leur vie bascule. De retour à Paris, ils se séparent, à cause de l'événement, et chacun mène sa barque, hanté par ce cauchemar qui va bien évidemment venir les rattraper. J'avais découvert Sylvain Declous avec son dernier film, Le Système Victoria, qui m'avait durablement impressionné. Celui-ci est excellent aussi, c'est donc un cinéaste à suivre (et à rattraper), qui excelle dans la mise en scène de la tension, de l'étrangeté qui surgit au milieu de la normalité, et qui soigne particulièrement bien ses castings. Une discrète mais vraie personnalité de cinéaste (et la référence à Dickens dans le titre est plus qu'appréciable).
Deuxième fois et confirmation qu'il s'agit d'un très très grand film.
Je continue mon intégrale Monteiro à mon petit rythme, ça donne l'occasion de revoir des films pas vus depuis longtemps, dont ce magnifique Souvenirs de la Maison Jaune, que j'ai beaucoup plus apprécié que la première fois. Je l'aimais déjà beaucoup, mais là il s'est vraiment imposé comme le chef-d'oeuvre qu'il est, premier vrai grand chef-d'oeuvre du cinéaste d'ailleurs, et premier volet de la trilogie Jean de Dieu, ce que le cinéaste a fait de mieux d'ailleurs. C'est vraiment un film extraordinaire en tous points, où les deux films à venir sont déjà là quelque part, et une relecture abstraite du Nosferatu de Murnau. Comme beaucoup j'ai toujours comparé le personnage de João de Deus à celui de Nosferatu, mais j'avais oublié l'extraordinaire plan séquence final, peut-être le plus beau du film, qui reproduit à l'identique la scène où Nosferatu sort de la soute du bateau, sauf que là il sort des ténèbres et des tréfonds de Lisbonne. Délicieusement macabre et terriblement jouissif.
Revu à l'initiative de ma femme qui venait de lire le roman, et même si l'image fait vraiment 2000 et a pris son petit coup de vieux, ça reste un putain de bon film. Magnifique thriller poisseux, très proche de l'univers des frères Coen (je me souviens qu'à l'époque personne n'attendait Raimi ici), qui raconte comment un pauvre type se fout, et ses proches avec, dans la merde lui-même, uniquement parce qu'il s'entoure mal et qu'il ne réfléchit pas suffisamment avant d'agir. C'est donc un immense hymne à la bêtise humaine, et une vraie réussite cinématographique, qui me donne envie à moi aussi de lire le livre (qui est paraît-il encore largement plus riche et plus complexe).
Le Dernier Plongeon est un film considéré comme mineur dans la filmographie de Monteiro, Fait pour la TV, pas pu faire le film qu'il voulait, il l'a un peu sabordé, mais le résultat est peut-être encore plus beau et m'a littéralement fasciné. C'est une sorte de Don Quichotte abstrait et existentialiste entre deux paumés dans les rues nocturnes de Lisbonne, sublimé quasiment de chaque instant. Au départ, Monteiro devait jouer le rôle du vieux et endossé le personnage de Jean de Dieu, avant de changer d'avis, et on voit très bien comment ce film se serait inscrit dans le cycle.
Moins bon et moins original que le souvenir que j'avais du premier visionnage, About Last Night reste tout de même une excellente comédie de moeurs assez provocante et réussie, quelque part entre Allen et Albert Brooks et préfigurant Judd Apatow et toute sa clique. Les comédiens sont superbes, mais ce n'est pas qu'un film de comédiens pour autant.
J'avais déjà bien aimé Délicieux, le précédent film d'Eric Besnard, scénariste passé naturellement à la réalisation, son Valjean est encore plus réussi. Le cinéaste n'a pas l'ambition de raconter Les Misérables en moins de deux heures et se concentre sur les courts instants où le personnage, échappé du bagne, se réfugie chez un prêtre accueillant, qu'il tente de voler mais se verra blanchi par l'homme d'église quand les policiers le ramèneront chez lui, moment capital de l'oeuvre d'Hugo car c'est à ce moment précis que Valjean prend conscience du bien et du mal et qu'il lui faut faire le bien. Le film de Besnard n'a je crois pas très bien marché (moins de 400.000 entrées) mais sa radicalité surprise explique sans doute ceci. Le film est plein de longs moments silencieux ou introspectifs, ne recourant jamais aux ficelles du genre (toutes les adaptations basses du front à grand spectacle vues récemment) et est plutôt une belle surprise dans le genre.
Dans Paris occupé, un groupe d'amis se réunit plus ou moins clandestinement pour fêter un anniversaire. Mais deux soldats allemands sont abattus en bas de chez eux et la police allemande débarque. Ils exigent que deux d'entre eux se livrent, contre la liberté des autres. Les discussions commencent, et les vraies personnalités se révèlent... Un Christian-Jacque très réussi, qui pourrait virer au théâtre filmé mais ce n'est jamais le cas, bien que le texte soit celui d'une pièce, de Vahé Katcha. Cette pièce a d'ailleurs été reprise, réécrite et complétée récemment par Julien Sibre, et elle est jouée à Paris, je vous la conseille, elle est très bien. Christian-Jacques garde l'intensité du texte mais parvient à faire du cinéma quand même, contrairement au Marie Octobre de Duvivier (pourtant un bien meilleur cinéaste), l'un de ses plus gros échecs et pour le coup un vrai théâtre filmé.
Je n'ai pas le droit d'en parler mais j'ai vu Peau d'Homme, le film, en salle, dans une version montée mais pas encore étalonnée, avec quelques petits détails à régler. Rien le droit d'en dire donc, mais j'ai adoré et été très ému de voir cette histoire si chère à mon coeur sur grand écran. Le film sera, on l'espère, présenté à Cannes, mais la date de sortie n'est pas encore fixée ni même imaginée.
J'ai récemment accepter d'aimer les films de Seidl, cinéaste autrichien on ne peut plus polémique, et Sparta, son dernier film en date, est aussi sans doute l'un des plus malaisants, et difficile à défendre. Il met en scène un personnage attiré par des jeunes garçons, et sans qu'il ne passe jamais à l'acte de manière montrée, le malaise est omniprésent, et la position du cinéaste volontairement ambiguë, ce qui accentue le malaise. Quand je dis ambiguë, soyons clair, jamais il ne cherche à épouser ou défendre le point de vue de son personnage, il n'en est pas là, mais comme souvent, il se contente de montrer et de laisser le spectateur face à ça. Il croit, dans tous ses films, et c'est à son avantage, beaucoup à l'intelligence des spectateurs, mais il croit aussi beaucoup trop à leur perversité, qu'il titille sans cesse. Le fait que son cinéma ne tranche jamais entre la fiction est le documentaire rajoute encore plus à l'ambiguïté dans ce cas précis. C'est donc particulièrement difficile ici, même si je ne condamne pas le film pour autant, disons que j'ai besoin de beaucoup laisser mûrir avant de savoir ce que j'en pense.
I like your hair.