En Ukraine en pleine seconde Guerre Mondiale, un enfant juif est caché dans la chambre d'une prostituée et ne verra le monde que par la porte de son placard dans lequel il est enfermé. Finkiel continue de creuser son sillon d'un cinéma de plus en plus personnel et en même temps de plus en plus personnel. Le film est intégralement tourné en Ukrainien, la géniale Mélanie Thierry a appris la langue pour le rôle, et elle y est formidable. Le film est beau même si le spectateur reste parfois un peu à distance.
Bonitzer est en forme en ce moment. Juste après le très réussi Tableau Volé (son plus beau film à date) et quelques jours avant la sortie de Victor comme tout le monde, qui est semble être le dernier projet de sa compagne Sophie Fillières qui n'a pas eu le temps de réaliser avant de mourir et qu'il tourne pour elle (quel magnifique cadeau), Bonitzer nous propose un énième Maigret, marronnier du cinéma français, peu de temps après le moyennement réussi Leconte avec Depardieu dans le rôle titre. Celui-ci est ici endossé par Podalydès avec réussite, tant il casse avec les codes physiques du personnage mais respecte à la lettre le reste. Le truc super c'est de situer l'intrigue aujourd'hui avec un personnage qui vit comme à l'époque, refusant d'avoir un téléphone, ce genre... occasionnant de nombreuses situations comiques. J'ai lu à droite et à gauche que c'était un pur cinéma de vieux, mais je ne suis pas du tout d'accord, les gens confondent décorum et mise en scène. Si le decorum est à l'ancienne, mais déjà avec beaucoup d'ironie, le scénario est génial, super bien écrit, qui fait avancer le film en le redynamisant et l'enrichissant à chaque nouvelle information. Car il s'agit bien d'un whodunit : un ambassadeur à la retraite est retrouvé mort dans son bureau d'une balle dans la tête et de 5 autres dans le buffet; Maigret va devoir identifier le coupable. La mise en scène de Bonitzer est alerte, pleine d'idées réjouissantes, tout en conservant cet auteurisme 90's dont il est désormais l'un des plus dignes représentants.
Ce grand classique de la comédie américaine moderne va déjà avoir 20 ans, et la suite va sortir. Joie, avec les deux mêmes actrices. Au cinéma avec les enfants, nous sommes tombés sur la bande annonce, et cela nous a tous donner envie de voir ou revoir ce premier volet qui reste une merveille, très dans l'esprit Capra, avec deux de mes comédiennes préférées ever.
Fragments d'un Film-Aumône est le premier long métrage de João César Monteiro (1972) et c'est étonnant de voir qu'il choisit de traiter d'un sujet qu'il ne réabordera jamais ensuite : la famille. On y suit la vie, quasi claustrophobe d'un couple et de leur enfant, dont l'oisiveté du père le conduit à ne quasiment jamais quitter son lit. La moindre confrontation avec le monde extérieur devient immédiatement problématique, en témoigne la plus scène du film, celle du conflit avec les beaux-parents. Alors que la famille les invite un dimanche, notre personnage reste muet, assis en tailleur, déguisé d'un masque de porc, et ne bougera que pour agresser son beau-père en l'insultant. Film étrange et assez expérimental déjà, Fragments montre déjà avec force des thématiques qui reviendront souvent dans l'oeuvre, l'instabilité, le refus de la société, le refuge dans une sorte de douce folie schizophrène, la poésie absurde comme seul repère face au monde.
Is This Thing On? est le nouveau film de Bradley Cooper, que je n'aimais jadis pas beaucoup en tant qu'acteur, mais dont la carrière de metteur en scène semble plus prometteuse (A star is born était génial, Maestro malheureusement bancal mais plein de bonnes idées tout de même). Ce nouveau film est coécrit avec son comédien principal, Will Arnett, mais s'inspire de la vie d'un autre comédien, Josh Bishop. On y suit la vie d'un homme, marié et père, en pleine séparation, et qui, au moment où sa vie va au plus mal, se prend de passion pour le stand up, et décide d'aller se produire tous les soirs sur des scènes ouvertes, apprenant le métier sur le tas en confrontation avec le public. C'est un film assez passionnant et très réussi, très émouvant également, où la justesse des comédiens (merveilleuse Laura Dern) est pour beaucoup dans la réussite du projet. On est là quelque part entre Marriage Story / Kramer Vs. Kramer pour le côté couple en déliquescence et Funny People de Judd Apatow pour le côté "métier d'acteur au travail vu de l'intérieur". Le film semble léger, mais sa profondeur vous saute au visage très rapidement, et c'est passionnant.
Le sujet du nouveau Klapisch est plus ambitieux que d'habitude mais malheureusement ce pauvre cinéaste est toujours aussi bébête et au final c'est toujours aussi gênant et problématique... Attention si vous en avez quelque chose à faire, je vais spoiler jusqu' à la fin du film. Un notaire réunit toute la descendance d'une vieille femme qui vient de mourir. Ce sont des branches différentes, ces gens ne se connaissent pas. Sa maison est sur un terrain où on aimerait construire un centre commercial et il faut l'autorisation des ayant droits pour le faire. 4 d'entre eux vont aller visiter la maison qui n'a pas été ouverte depuis 1944 et vont y découvrir un monde... Et un tableau au mur, qui va s'avérer être un véritable Monnet. Parallèlement à cela, nous suivons en flash back la vie de cet femme à son jeune âge et nous apprendrons in fine qu'elle est la fille cachée de Claude Monnet. Les deux gros soucis de ce film (parmi d'autres) : Le premier c'est que Paris est reconstitué façon début 20ème siècle pendant la moitié du film, et que tout est fait numériquement et que c'est une horreur visuelle. Qui plus est, tout est beau et propre, comme dans une putain de carte postale, et tellement opposé à ce qu'était Paris et la vie en général à cette époque. Impossible d'y croire deux secondes. L'autre idée est encore pire, accrochez-vous : comme le film parle de filiation et de descendant, le malin Klapischou n'a pas trouvé de meilleure idée (je l'imagine pitcher cela à son producteur) que de confier tous les rôles du film à des fils ou des filles de ! Oui, oui, vous lisez bien, c'est vrai ! Comme s'il n'y en avait pas assez dans le cinéma français : vous avez donc à l'affiche la fille de Lindon / Kiberlain (en tête d'affiche et nommée aux César s'il vous plait

) mais aussi la fille de De Turckheim, le fils de Valérie Benguigui, le fils d'Irène Jacob, un petit frère Schneider, la fille Giraudeau, la fille Hazanavicius, le fils Foenkinos, j'en passe et des pas mûres, mais on voit aussi la fille Doillon, etc... Bref, tous ces jeunes gens ne sont pas castés en fonction de leur talent, mais uniquement parce qu'ils sont fils de... puisque c'est le concept. Si ça ne s'appelle pas de la discrimination... Bon et sinon il y a deux trois choses réussies dans le film, mais noyées au milieu d'un océan de miévrerie qui font de La Venue de L'avenir (quel titre pourri issu d'un concours de jeu de mots foireux à 3g à 5 du), une sorte de gros navet boursouflé digne des pires Claude Lelouch.
Quelques Monteiro ensuite :
Film documentaire de 1975 durant lequel Monteiro filme des manifestations d'ouvriers protestant, ils sortent tout juste de dictature, contre l'arrivée de soldats de l'Otan, essentiellement Américains, tentant de leur imposer des normes notamment de commerce qui vont entrainer leur chute. Le génie de Monteiro est de monter ces luttes en parrallèle avec des extraits du Nosferatu de Murnau, comparant l'arrivée des Amércains à la peste des rats qui débarquent avec le Vampire... C'est d'autant plus drôle que Monteiro a très vite ressemblé physiquement à Nosferatu de Murnau et qu'il en jouait.
L'Amour des Trois Grenades (1978)
Dans ce court métrage de fiction Monteiro met pour en avant ses amours pour les contes et les légendes. Mais c'est aussi un film qui travaille beaucoup l'idée de la croyance du spectateur. Après un seul plan montrant nos jeunes héros à cheval, le cinéaste tourne tout en intérieur, avec des dessins, des murs peints, des têtes de chevaux en papier maché plantés sur des bâtons, et cela suffit pour y croire. L'histoire est là, elle existe, au spectateur de jouer son rôle.
Le Riche et le Pauvre (1978)
Monteiro adopte un conte traditionnel sur le vol, la cupidité, et, je cite, les liens entre le monde des vivants et celui des morts. Ce qui est énoncé dans le court qui précède est ici cassé pour projeter ses comédiens dans un univers extérieur existant, et même assez riche.
Les Deux Soldats (1978)
On ne sait pas quelle guerre ils viennent de faire mais nos deux soldats sont en fuite, se cachent et tentent de survivre. Ils se soutiennent l'un l'autre jusqu'au moment où la faim va les séparer. L'un accepte de donner un bout de son pain à l'autre, mais à la condition qu'il puisse lui crever les yeux avec son couteau. Ce dernier accepte, et continuera de errer aveugle, jusqu'à découvrir un arbre dont les feuilles ont des vertus magiques... Super film, complexe et profond, qui aborde des thèmes très riches qu'on retrouvera dans l'oeuvre.
Conserva Acabada (1990)
Monteiro se met en scène avec beaucoup d'humour (une constante de son cinéma) comme producteur verreux qui souhaite produire un film sur Pessoa, mais dont la finalité est de demander aux actrices qui postulent de lui montrer leurs seins. Satire aussi génial qu'acide sur la production cinéma.
I like your hair.