Le Centre de Visionnage : Films et débats

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sokol
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Narval a écrit : mer. 11 févr. 2026 11:35 Là où je commence à être exaspéré par contre, c'est dans le choix musical qui me semble autant irritant que contre-productif : cette batterie jazzy un peu à contre-temps, un peu hésitante par endroit, pour napper les scènes du début dans le musée, pourquoi pas, mais alors ce saxophone cliché par dessus tout le temps ensuite aux secours. On dirait une playlist youtube qui se lance dès qu'il faut accompagner un moment un peu "action" du film. Ce n'est ni drôle, ni haletant ni intéressant. C'est du remplissage, qui renforce la préciosité des images et qui révèle pour moi une fainéantise supplémentaire de la cinéaste (voire du mauvais goût aha). Ou comment passer d'un film pas désagréable (mais peu marquant), à une expérience souvent pénible, dommage.
Ce qui rend les forums vraiment intéressants, contrairement aux réseaux sociaux où chacun campe sur son profil avec son ego, c’est que même quand les avis divergent, les arguments suivent la même logique, donc le débat a du sens.
Pour ma part, contrairement à toi, j’ai adoré la présence de la musique (moi qui suis pourtant facilement agacé par la moindre note illustrative). Loin de napper le film, elle le sublime, et je l’ai trouvée superbe à part entière.
"Le cinéma n'existe pas en soi, il n'est pas un langage. Il est un instrument d’analyse et c'est tout. Il ne doit pas devenir une fin en soi".
Jean-Marie Straub
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yhi
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Narval a écrit : mer. 11 févr. 2026 11:35 J'avais un espoir lorsqu'il a accroché les tableaux au mur du salon
Tellement ! D'un coup ça donne une autre perspective au film comme s'il les avait volés pour les afficher chez lui.
Mais non, c'était pour l'argent :D
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groil_groil
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Un Akerman inédit, sorti en salle mais pas depuis, et qui n'est pas sur le récent et complet coffret, sans doute à cause de son interprète principal, Thomas Langmann, c'est dommage car il est meilleur comédien que producteur. Le film, coécrit avec Pascal Bonitzer, raconte l'histoire amoureuse d'un jeune couple fraichement installé à Paris. Il est chauffeur de taxi de nuit. Elle (Guilaine Londez qu'on connait mieux plus âgée mais qui était déjà excellente ici), est sort donc seule la nuit en attendant son conjoint, mais tombe amoureuse d'un autre garçon, chauffeur de taxi aussi, mais de jour. Elle passe donc d'un amant à l'autre, et dort peu, sans être capable de choisir, car elle aime les deux. Le film est très beau, et assez joyeux, raconté comme un conte, avec la voix off de Chantal, et c'est surtout et sans clichés, un formidable hymne à la liberté et à l'amour libre, comme affirmation de son identité. Le dernier plan, long travelling arrière qui cadre de face l'héroïne avançant vers nous, déterminée, en est un aveu.

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Après l'horrible adaptation de Limonov j'y allais grave à reculons, mais non, c'est un excellent film, vraiment, quelque part entre Le Ruban Blanc d'Haneke, la Zone d'Intérêt de Glazer et Moloch de Sokourov. Kirill Serebrennikov joue sur 3 temporalités, années 50 en planque en Argentine, années 60 en planque au Brésil, toutes deux en noir et blanc léché, et la guerre, seule période en couleurs, qu'on voit peu et qui est fait presque documentaire dans sa façon de filmer. Malgré toutes les réticences qu'on peut ressentir légitimement en lisant ce que je viens d'écrire, le film est vraiment bien, dense, se tient, jamais putassier, et surtout évite tous les écueils d'un quelconque biopic, c'est même tout sauf ça.

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Aux USA au début des 70's, un tranquille père de famille amateur d'art, se lance dans le braquage d'un musée et dérobe 4 tableaux qu'il adore et qu'il aimerait tout simplement exposer chez lui. Mais voilà, on ne s'improvise pas braqueur ni receleur, et indépendamment du fait qu'il s'entoure d'une bande de branques encore plus nuls que lui, le film semble lui dire en permanence que "quand ça veut pas, ça veut pas !" et que si on n'est pas fait pour ça, il vaut mieux laisser tomber. Cette "erreur de casting" (je ne parle évidemment pas de l'excellent acteur) permanente rajoute au film un côté humoristique que le scénario n'a jamais, tant le personnel semble être une projection d'un Pierre Richard à l'Américaine transbahuté dans l'univers du vol de tableaux. C'est pour moi l'un des plus plus beaux films de Kelly Reichardt, que j'ai tendance à trouver très inégale, notamment parce qu'elle croit à son personnage et qu'elle parvient à rendre sa cavale passionnante même si évidemment, elle le fait avec une lenteur incroyable, décrivant chacun des gestes en temps réel, donnant au film des aspects Bressionniens. Ainsi, la montée d'un coffre en bois à l'étage d'une grange peut prendre 15mn, mais jamais on ne s'ennuie. Un mot enfin sur la reconstitution de l'époque, et du choix de l'image qui l'accompagne : c'est tellement bien fait, sans afféterie aucune, tellement réaliste, que l'on jurerait qu'on vient de tomber sur un Bob Rafelson inédit de 1972.

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Revu pour montrer aux enfants, et c'est mieux que dans mon souvenir. Les deux sont des monstres sacrés et c'est toujours un bonheur de les voir jouer ensemble. Toute la préparation du casse, sur la Côte, magnifiée, est vraiment excellente, prenante et très bien mise en scène. La seconde partie, le casse, est bizarrement moins réussie, mais ça ne gâche pas le plaisir d'ensemble. Ma fille était tellement dedans qu'elle se cachait pour ne pas voir remonter les billets du fond de la piscine dans la scène finale, tellement elle ne voulait pas qu'ils se fassent serrer :D

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Vous devez à juste titre être en droit de vous demander pourquoi j'ai regardé ça. Tout simplement parce que ce truc est un tel phénomène dans le monde mais aussi dans notre pays (des millions de livres vendus, en tête des vente depuis des années..., et même le film qui a déjà totalisé plus de 4M de spectateurs à date), que j'ai besoin de voir pour comprendre, mais aussi cela permet de prendre le pouls de pays d'essayer de voir ce que le très grand public plébiscite. Bon n'y allons pas par 4 chemins, c'est de la merde en barre. C'est une sorte de revisite du thriller domestique 90's mais complètement édulcoré par l'esprit Netflix-mondialisation, je veux m'adresser à tout le monde sans choquer personne et le truc qui en sort pourrait franchement être issu d'une intelligence artificielle. ça se veut émoustillant, notamment en choppant la bimbo du moment et celle de la génération d'avant (à propos d'Amanda Seyfried et de ce genre de film, mieux vaut revoir le troublant Chloé d'Atom Egoyan), mais ça ne soulèverait pas la soutane du moindre curé. Je ne vais pas m'étendre plus que ça, c'est le Zéro absolu, la fin de la littérature, la fin du cinéma, la fin de la pensée, mais c'est ce que les gens consomment par millions en pensant se cultiver.

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La crise des subprimes expliquée en images par Adam McKay, cinéaste qui est devenu bien sérieux après ses réjouissantes premières potacheries, un peu dans le même esprit que ses autres films récents, Vice et surtout Don't Look Up qui lui ressemble beaucoup. C'est à la fois super intéressant, et un peu confus tellement ça va vite et qu'on t'asperge d'images et d'informations dans tous les sens sans forcément bien faire le tri avant.

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Je n'ai jamais relu, et je en relirai sans doute jamais Pagnol, en revanche, plus le temps passe plus j'aime profondément son cinéma, d'une profondeur et d'un humanisme rare. Ce Merlusse en est un exemple frappant, celui d'un petit professeur aigri et que tout le monde craint, qu'on appelle Merlusse parce qu'il sent le poisson, et qui se voit obligé de garder en pension les enfants n'ayant pas été réclamés par leurs parents pour les fêtes de Noël. Alexander Payne en a fait un remake récemment, le superbe Winter Break, et franchement il y avait de quoi. Tout était déjà là. C'est un petit film (même dans sa durée, alors que Pagnol est d'habitude généreux), la multitude de gosses lui donne un côté Jean Vigo, mais c'est un film marquant, touchant, profond et humain.

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Je connais la BO de Morricone par coeur, mais je n'avais encore jamais vu ce classique du Giallo que Carlotta vient de sortir en 4k, le rendant enfin visible au grand nombre. Belle découverte, c'est de toute évidence une réussite du genre, et qui en évite les poncifs : le film n'est pas bavard, comme c'est souvent le cas, les séquences de meurtres sont inventives, l'arme du crime aussi, mais surtout, le film ne joue pas au Whodunit à la Agatha Christie comme c'est beaucoup trop souvent le cas dans le giallo. Non, là, quand on découvre l'assassin, on se rend compte - c'est rare - qu'on ne le connaissait pas, ce n'est jamais un personnage, c'est juste la figure incarnée du mal, celle qui permet de faire avancer le récit et de faire de la mise en scène.

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Je l'avais déjà vu deux fois, mais ce fut un immense plaisir de revoir l'un des deux chefs-d'oeuvre de Ron Howard (l'autre étant Portait craché d'une famille modèle), l'un des plus grands films que je connaisse sur la question de la schizophrénie, mais aussi l'un des plus beaux traitant de mathématiques, de la grandeur et de la poésie des mathématiques. C'est magnifiquement écrit (d'après un roman, lui-même d'après une histoire vraie), magnifiquement interprété (Crowe bien sûr, mais ne serait-ce pas le plus beau rôle de Jennifer Connelly) et magnifiquement mise en scène, dans un respect des codes hollywoodiens classiques.
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cyborg
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@groil_groil je n'ai aucune idée de ce qu'est la Femme de Ménage. J'imagine qu'il y a eu le même type de phénomène ici. Je vis vraiment dans un autre monde...

Dans mon précédent post j'ai oublié de dire que j'avais aussi vu

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Du côté des tennis - Madeleine Hartmann-Clausset - 1976

Du Côté des Tennis déploie le même style que la réalisatrice utilisait dans son premier film, Villa Les Dunes, paru 3 ans plus tôt. A savoir une approche sèche, quelque part entre le cinéma direct et le cinéma ethnographique, dans laquelle la narration, réduite au minimum, nait avant tout de l'observation et de la répétition. Alors que "Villa..." filmait des gens en vacances, c'est ici l'inverse qui est montré : le quotidien, la vie au foyer, dans son quartier, au loisir (les fameux tennis) ou au travail. Les tous derniers plans évoquent même un départ en vacances, créant une boucle conceptuelle entre les deux œuvres.

Les gens à l'image sont d'ailleurs plus ou moins les mêmes, la classe moyenne sup' / petite bourgeoisie, qu'on pourrait qualifier de "bien comme il faut". Mais cela sous un angle inattendu, à savoir celui des femmes, celles qui sont épouses ou amantes, travailleuses ou au foyer. Les hommes sont secondaires et quasiment absents, apparaissant un peu plus dans la dernière partie. Hartmann-Clausset cherche de la sorte à capter la parole libre des femmes entre-elles, parlant d'amour, de famille, d'enfant, de rêve, des propos que l'on entend donc assez peu pour l'époque. A part Marie-Christine Barrault, tous les personnages sont des amatrices, jouant plus ou moins leur propre rôle. Plus que des destins, c'est le jeu des rôles pré-construit et de la tradition qui se dessinent, le concept de féminisme et les possibles d'une émancipation surgissent parfois mais c'est pour mieux disparaitre aussitôt, sous le poids des habitudes. Il en résulte un film un peu monotone, assez simple, mais aussi assez honnête dans sa tentative de dresser le portrait d'une certaine France des années 70, bien loin des questionnements politiques qui l'agite alors.
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Kit
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groil_groil a écrit : jeu. 12 févr. 2026 13:58
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Je n'ai jamais relu, et je en relirai sans doute jamais Pagnol, en revanche, plus le temps passe plus j'aime profondément son cinéma, d'une profondeur et d'un humanisme rare. Ce Merlusse en est un exemple frappant, celui d'un petit professeur aigri et que tout le monde craint, qu'on appelle Merlusse parce qu'il sent le poisson, et qui se voit obligé de garder en pension les enfants n'ayant pas été réclamés par leurs parents pour les fêtes de Noël. Alexander Payne en a fait un remake récemment, le superbe Winter Break, et franchement il y avait de quoi. Tout était déjà là. C'est un petit film (même dans sa durée, alors que Pagnol est d'habitude généreux), la multitude de gosses lui donne un côté Jean Vigo, mais c'est un film marquant, touchant, profond et humain.
:love2: ah Merlusse, je l'ai découvert il y a plus de cinquante ans et j'ai cassé les pieds à l'allogéen Miamsolo, prof et parce qu'il avait un topic de Noël sur Allociné, pour qu'il le découvre :jap:
décidément les adaptateurs français ont traduit le titre original The Holdovers par un autre titre anglais Winter break :loco: pourquoi ne peuvent-ils pas traduire l'anglais en français en reprenant le titre québécois, ben quoi
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cyborg
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Hide and Seek - Su Friedrich - 1996

Comme dans "Sink or Swim", Su Friedrich s'intéresse à l'identité lesbienne et à sa "prise de conscience" lors de l'entrée dans l'age adulte. La réalisatrice mélange trois types d'images, qui se répondent les unes les autres. La majorité est constitué de témoignages de lesbiennes adultes évoquant leurs souvenirs d'adolescences. Ces entretiens sont entrecoupées de scènes fictionnelles de la vie quotidienne (jeux, école, etc..) d'enfants dans l’Amérique du Nord des années 60, suivant notamment une jeune fille le jour de ses premières règles. Les personnages pourraient tout à fait être les version fictionnalises des témoignages entendus, sans pour autant que le rapport soit direct. A ces deux types d'images se mélange un troisième : des scènes tirées d'anciennes séries TV ou films éducatifs. Les normes traditionnelles et coercitives qui s'y trouvent apparaissent par jeu de contraste avec les autres images utilisées par l'autrice. C'est par ce type de procédés que se démarque le travail de Su Friedrich., construisant des films ouvertement politiques et engagés, tout en évitant les écueils du militantisme frontal.

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Transposition américaine du même livre dont est adapté "La chienne" de Renoir, que Lang transforme en film noir implacable. Il est bien sur génial que tout tourne autour du travail d'un peintre, d'autant plus un peintre au style naïf et "sans perspective" (je ne sais si c'est la même esthétique chez Renoir), quant tout le film ne cesse de nous parler d'apparence et d'illusions des rôles qu'on se prête à jouer dans la société. Plus encore, le film ne parle même que de la valeur des apparences, et plutôt du côté de ce qu'elles peuvent "coûter" que "rapporter". Et si celles-ci ne tuent pas (il y a même deux "retours depuis les morts" dans le film), c'est leurs poids qui finissent par hanter et condamner. Le final est, à ce titre, particulièrement âpre, ne laissant vaillant aucun des personnages.

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Fanny's Film - Fronza Woods - 1981

Court-métrage documentaire recueillant la parole d'une vieille femme de ménage noire, revenant sur tout le parcours de sa vie. Son témoignage se superpose d'une part à ses taches de nettoyage mais plus encore à son contexte de travail : une salle de gym où des new-yorkais, aussi riches que blancs, viennent parfaire leurs silhouettes. Entre les exercices physiques et les gestes de propreté apparait un décalage cinglant remettant en perspective les questions du "care", par l'angle de la classe et de la race. Sous son aspect modeste, Fanny's Film vient ainsi prolonger les réflexions essentielles du "Maintenance Art Manifesto" de l'artiste Mierle Laderman Ukeles paru en 1969.

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Killing Time - Fronza Woods - 1979

Bref court-métrage durant lequel une jeune femme cherche la tenue idéale pour se suicider... ainsi que la meilleure façon pour y arriver. Le final, simple, inattendu et hilarant, finit de clore ce bref commentaire sur l’inconsistance adolescente.

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Ornette : Made In America - Shirley Clarke - 1985

Le jazz occupait déjà une belle part dans le premier film de la réalisatrice, The Connection, en 1961. Bien que je ne connaisse par la suite de son parcours, je n'ai donc pas été surpris d'apprendre que son dernier film est un portrait de Ornette Coleman. Le problème est que le film est, à peu de chose près, nul. Bouts de concerts, extrait d'archives, bribes d'entretien, vagues reconstitutions d'enfance, discussions intimes... ponctués d'effets visuels calamiteux (l'idée d'un montage épileptique au sein d'un entretien reste un mystère) ou (désormais) totalement kitch (début des effets vidéos, la fin cosmique, etc) : le film part dans tous les sens sans que l'on puisse comprendre quoi que ce soit ni de l'artiste ni de son art. Je suis sorti du film avec l'impression d'avoir vu un portrait sur l'imaginaire esthétique des années 80, période semblant être celle du grand spectacle généralisé rabaissant tout en un seul et même flux. Superficiel et indigeste.
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groil_groil
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Encore un grand Chabrol, dans le ton pas très éloigné d'Une Affaire de Femmes, même si le sujet n'a évidemment rien à voir. Huppert porte le film sur elle, elle y est extraordinaire et compose un personnage dont l'ambiguïté dépasse de toute évidence celui qui figure au scénario. Mais les parents de Violette sont sublimes aussi, Stéphane Audran on n'est plus étonné, mais Jean Carmet aussi m'a mis une grosse calotte en revoyant le film, je crois que c'est le film où il me plait le plus, son rôle est d'une infinie complexité et il est absolument génial.

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La course éperdue d'un couple français désireux d'adopter un enfant cambodgien. Tavernier filme cette quête semée d'embuches telle un thriller d'action, caméra épaule, ça bouge tout le temps, il fait de lourdeurs administrative un suspense haletant, et nous embarque littéralement dans les complexités du système cambodgien, à grands coups de bakchiches, comme si on y était. L'une des grandes réussites du film est de mêler parfaitement l'aspect fictionnel au côté documentaire, le Cambodge étant filmé sans aucun travestissement, de nombreux personnages jouant leur propre rôle. On a vraiment l'impression d'y être. Le film est un vrai chef-d'oeuvre, et l'un de deux meilleurs Tavernier aux côtés d'Une Semaine de Vacances, haut la main. On l'a montré aux enfants et bien que le sujet ne les intéresse pas à la base, ils ont eux aussi été embarqués par la dynamique de la mise en scène.

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Drôle de film bancal d'Akerman qui est fait en grande partie de répétition enregistrées des scènes de Golden Eighties, avec des moments chantés, et dans lesquelles la fiction s'invite peu à peu et toujours très légèrement, sans susciter non plus un intérêt majeur.
Avec ce film, j'achevais ma rétrospective intégrale de l'oeuvre de Chantal Akerman. 45 films, quel voyage !

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Premier court métrage de Joao Cesar Monteiro, il s'agit d'un film documentaire consacré à cette grande poétesse portugaise. Le film est très intime, on la voit chez elle, avec ses enfants, et prend aussi de grandes envolées poétiques et minimalistes, comme on les croisera dans l'oeuvre futur du cinéaste qui fait montre dès son coup d'essai d'une vraie personnalité, peut-être encore en recherche mais déjà affirmée.

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Qui court après les souliers d'un mort meurt nu-pieds - Joao Cesar Monteiro (1970)

Dans ce court-métrage, son premier de fiction, mettant en scène deux amis qui deviennent mendiants, Monteiro filme comme Eustache filmait lors de ses premiers courts métrage 10 ans plutôt et cite déjà Godard dans le texte. Tout est dit, tout est là, l'oeuvre se met en place. Et c'est déjà super beau formellement.

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Je n'avais vraiment pas du tout aimé à la sortie, surtout que Chabrol avait enchainé des films plutôt réussi avant celui-ci, et le fait de le revoir durant cette rétrospective intégrale me fait l'apprécier d'avantage. Non que je pense qu'il s'agisse d'un grand film non plus, mais je crois qu'à l'époque, on était encore trop dans le chaud de l'actualité Eva Jolly / L'Affaire Elf et je pensais que j'allais voir un film qui traitait de l'affaire avec fidélité. Comme ce n'est pas le cas, on ne peut être que déçu. Mais le temps passant, je comprend mieux ce qu'à voulu faire Chabrol. Il ne s'inspire que très évasivement de cette affaire, comme de n'importe quel fait divers qu'il exploite dans ses autres films, pour construire un scénario qui lui est propre mais qui ne veut en rien se présenter comme biographique. Et une fois comprend ça, le film retrouve son sens.

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j'ai découvert la série de bande dessinée Les Enfants de la Résistance via ma fille alors qu'elle avait à peine 7 ans. Elle s'est passionné pour cette série dont elle a lu des dizaines de fois les 9 albums, c'est par cette bd qu'elle s'est sensibilisée à la seconde guerre mondiale, à la shoah, à la résistance, à la déportation... et c'est donc avec elle, pour elle, que nous sommes allés voir l'adaptation cinéma. Eh bien malgré le peu de bien que je pense de son cinéaste Christophe Barratier, je dois dire que c'est une adaptation à la fois très fidèle et très réussie de la bande dessinée, des deux premiers tomes uniquement, dois-je préciser. c'est rare de voir une adaptation réussie, c'est donc encore plus important de le signaler. Evidemment il faut voir ce film à hauteur d'enfant, la mise en scène est vraiment plan-plan, voir naphtalinée, il n'y a absolument aucune innovation ni même d'idée de cinéma là-dedans, mais on y trouve ce qu'on vient chercher, et personnellement j'y ai même pris du plaisir. C'est courageux aussi de faire un film pour enfants qui se termine si mal (je spoile si vous n'avez pas lu, mais le film s'arrête sur la mise à mort du père par les soldats nazis), et qui appelle forcément plusieurs autres volets pour raconter la suite de la bande dessinée, qui n'est d'ailleurs pas achevée à date. J'espère que ce premier film marchera suffisamment pour autoriser les volets suivants.
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L'Arbre aux papillons d'or de Thien An Pham

L’influence de cinéastes comme Apichatpong Weerasethakul ou Tsai Ming-liang est devenue tellement importante qu’elle aboutit inévitablement à la production de films comme celui-ci, souvent accompagnés de prix et de critiques élogieuses parce que, dans tous les cas, ça fait toujours mouche de faire de longs plans en pleine nature avec un gars au bout de sa vie. En effet, c’est beau, ça peut même laisser un vertige métaphysique à condition d’être particulièrement détendu ou d’avoir bu un coup de trop. Si on y reste insensible, dans le doute, on peut toujours se demander si ça ne vient pas de nous, peut-être qu’on est passé à côté ou qu’on s’est simplement endormi. Et en effet, si je m’étais endormi, peut-être que j’en aurais pensé beaucoup de bien malgré tout. Mais ce n’est pas malheureusement pas le cas, j’ai bien vu ce qu’il y avait à voir jusque dans les froissements des rideaux. Au début, je me suis laissé prendre par la discussion à table qui finit par le surgissement du drame, bien que ça me donnait déjà un arrière-goût de déjà-vu. Mais la séquence de la table de massage, le titre qui arrive trente minutes après le début du film, le coq… A chaque plan, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à un autre cinéaste et je peinais à identifier Thien An Pham en tant que tel (même si je ne suis pas un grand fan, je vois tout de même un peu plus de singularité chez Bi gan). J’étais plutôt content de pouvoir enfin voir ce film, il y a peu de films vietnamiens et il y a pourtant tellement à dire, mais ça m’a plutôt dépité qu’autre chose et ça ne me rassure pas sur la nouvelle génération de cinéastes asiatiques qui ont un savoir-faire technique indéniable mais sont pour l’instant plutôt les élèves premiers de la classe qui écoutent bien sagement le professeur plutôt que ceux du fond qui regardent par la fenêtre et se demandent comment s’échapper. À voir comment il évolue, même si Weerasethakul, qui semble quand même avoir bien influencé le cinéaste, avait déjà sorti comme premier film Mysterious object at noon, une déflagration d’entrée de jeu.

Il y en a qui ont aimé à l’époque de sa sortie ? Qu’est-ce que vous en avez pensé et qu’est-ce qu’il vous en reste ? Je suis curieux, je suis peut-être bien passé à côté après tout (il y a toujours ce doute...)
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Narval
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Vu deux fois à se sortie, c'était mon film préféré de l'année à l'époque et c'est un chef d'œuvre à mes yeux.
Pas une séquence qui m'a laissé indemne, je trouve le rythme fantastique et plus encore le déraillement progressif du personnage jusqu'au plan final sublime. J'adore la façon dont le film se met à hauteur d'enfant pour faire des tours de magie au spectateur, avec plusieurs plans où des objets disparaissent ou apparaissent à l'écran, notamment dans les scènes nocturnes, et de manière plus générale comment il joue avec la longueur des séquences pour tromper les attentes (le monologue du vieillard qui se termine par un coupe sèche sur son corps meurtri, celui de la dame très spirituelle qui finit par se faire rembarrer et traitée de baratineuse...). Et plus encore les non-dits et la gêne du temps qui passe entre les deux amants du film qui se conclue dans le couvent, quasi aucun dialogue mais tout est là.

Ah et au passage, c'est drôle que tu parles de Mysterious Object at noon car pour le coup je trouve que ce n'est vraiment pas un film très intéressant. L'ayant revu récemment je l'ai trouvé très moyen (j'en avais quasi aucun souvenir et maintenant je sais pourquoi). A mon humble avis la déflagration chez Joe c'était plutôt son second film.
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cyborg
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@len' : je n'avais pas aimé non plus et mon visionnage plutôt récent) m'avait beaucoup déçu. Nos reproches se recroisent. Voici ce que j'avais écrit :


Bien que doté d'une cinématographie à tomber à la renverse, L'Arbre aux Papillons d'Or fini malheureusement par ressembler bien vite à un best-of de tout ce qui pourrait constituer un idéal du cinéma d'Asie du Sud-Est contemporain, et du cinéma d'auteur dans son ensemble, le réalisateur ne se gênant pas pour en convoquer d'autres ouvertement tel que Tarkoski, Bela Tarr ou Bill Viola... On pourrait faire une liste de nom d'auteurs longue comme le bras sans trop se forcer mais c'est surtout à Bi Gan (ok pas que "du Sud-Est", donc) que l'on songe, adoptant lui aussi le temps comme sujet central, avec un variante ici pour la crise mystique. Mais si toutes les images finissent par ressembler à d'autres, on commence également à se demander si ce fameux "mysticisme" n"est pas lui aussi un peu préfabriqué et forcé sur pièce... Les quelques dialogues, qui enfilent des perles à ne plus quoi savoir en faire, ne nous rassurent pas beaucoup non plus sur la question. La longueur et lenteur du film en elle-même fini par friser la parodie. Sans être déplaisant, le résultat à néanmoins le même gout qu'un plat surgelé prêt à rassasier sagement les yeux et les âmes des cinéphiles de la planète.
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cyborg
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Une équipe hors du commun - Penny Marshall - 1992

J'avais comme un petit espoir en lançant un film hollywoodien, réalisé par une femme, sur les débuts de la ligue féminine de base-ball, mais sans doute n'aurais-je pas du. Le sujet était pourtant riche mais je suis, à l'heure qu'il est, toujours à la recherche d'un double discours, un sous-texte, une perspective, un angle, ou au moins un trace quelconque trace qui rendrait le film un peu plus intéressant que ce qu'il n'est pendant deux heures. L'émancipation des femmes ? La marchandisation de leur corps par le capitalisme ? La sororité ? Le patriarcat ambiant ? La ségrégation raciale de l'époque ? Rien. Enfin, j'exagérerai en disant que ces points sont totalement absents mais ils sont tous relégués au rang de plaisanteries expresses, au détour d'un plan ou l'autre, tendant à décrédibiliser tout ce qui pourrait faire naitre une pensée critique. Le film va même jusqu'à "straight-washer" l'histoire puisque l'héroïne principale semble être inspiré d'une joueuse lesbienne et qu'il n'y a même pas le moindre clin d’œil fait à cette possibilité. L'autrice (ou les producteurs...?) préfère se concentrer sur des enjeux familiaux et sportifs (pour confirmation : le baseball est définitivement un des sports les plus ennuyant) sans le moindre intérêt. Bref : le cinéma du divertissement poussé dans sa forme la plus fade, inodore et inoffensive qui soit.

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Pushkar Puran - Kamal Swaroop - 2017

Une ligne d'horizon qui, d'un mouvement, devient le dos d'un animal qui se réveille. Cette image surprenante, ouvrant le film, annonce à elle seule l'approche qu'adopte Swaroop pour faire le portrait de Pushkar. Tel un jeu interminable de combinaisons, de formes et de textures, de corps et d'esprits, d'animaux et d'humains. d'infime et d'immense, d'agitation et de fixité, le réalisateur expérimente sans cesse pour représenter à l'écran cette ville sacrée et les importantes célébrations indoues qu'elle accueille. Bien qu'envoutant et orienté vers la spiritualité,, le film reste néanmoins tout à fait conscient de lui même et du risque de folklorisation de ses images. Ainsi le réalisateur n'hésite pas à intégrer les touristes et leurs réalités dans son film, ouvrant son documentaire vers l'Inde contemporaine et notre monde globalisé, le rendant plus passionnant encore. Pour lui comme pour nous, la réalité et les croyances sont un entremêlement permanent d'époques, de classes et de techniques.

Je suis très heureux d'avoir pu voir un autre film de Kamal Swaroop, qui confirme ici être un grand réalisateur. Ma découverte de "Om-Dar-B-Dar" date du début de ma curiosité pour le cinéma indien, mais déjà à l'époque il m'avait semblé assister à ce qui pourrait bien être le film le plus libre et fou de tout le cinéma indien (j'en suis à penser que le film, par son énergie, ne rayonne qu'avec quelques films de l'histoire du cinéma, mondial notamment Pierrot le Fou et Touki Bouki avec qui il forme une constellation à part entière). Ce documentaire, par son audace, confirme la place à part de son auteur. Il me tarde de voir d'autres de ses réalisations, malheureusement assez peu nombreuses.


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The station - Eltayeb Mahdi - 1989

Des camions et de la mécanique. De la tôle et des couleurs. Du bitume et du sable. Du soleil et de l'ombre. C'est toute cette somme d'éléments que contient le film de Mahdi (du Sudane Film Group), portrait d'un lieu d'escale (un garage ? une station-service ?) installé au milieu de nul part dans le désert soudanais. Au bord d'une route reliant le Nord au Sud du pays, il y a ceux qui filent et ceux qui s'arrêtent, il y a ceux qui marchent et ceux qui conduisent. C'est en quelques brèves minutes, remplie d'une poésie formelle très réussie, que se matérialise pour nous ce lieu inimaginable mais pourtant bien réel ou se croisent presque sans se voir vie moderne et vie traditionnelle.
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