Un Akerman inédit, sorti en salle mais pas depuis, et qui n'est pas sur le récent et complet coffret, sans doute à cause de son interprète principal, Thomas Langmann, c'est dommage car il est meilleur comédien que producteur. Le film, coécrit avec Pascal Bonitzer, raconte l'histoire amoureuse d'un jeune couple fraichement installé à Paris. Il est chauffeur de taxi de nuit. Elle (Guilaine Londez qu'on connait mieux plus âgée mais qui était déjà excellente ici), est sort donc seule la nuit en attendant son conjoint, mais tombe amoureuse d'un autre garçon, chauffeur de taxi aussi, mais de jour. Elle passe donc d'un amant à l'autre, et dort peu, sans être capable de choisir, car elle aime les deux. Le film est très beau, et assez joyeux, raconté comme un conte, avec la voix off de Chantal, et c'est surtout et sans clichés, un formidable hymne à la liberté et à l'amour libre, comme affirmation de son identité. Le dernier plan, long travelling arrière qui cadre de face l'héroïne avançant vers nous, déterminée, en est un aveu.
Après l'horrible adaptation de Limonov j'y allais grave à reculons, mais non, c'est un excellent film, vraiment, quelque part entre Le Ruban Blanc d'Haneke, la Zone d'Intérêt de Glazer et Moloch de Sokourov. Kirill Serebrennikov joue sur 3 temporalités, années 50 en planque en Argentine, années 60 en planque au Brésil, toutes deux en noir et blanc léché, et la guerre, seule période en couleurs, qu'on voit peu et qui est fait presque documentaire dans sa façon de filmer. Malgré toutes les réticences qu'on peut ressentir légitimement en lisant ce que je viens d'écrire, le film est vraiment bien, dense, se tient, jamais putassier, et surtout évite tous les écueils d'un quelconque biopic, c'est même tout sauf ça.
Aux USA au début des 70's, un tranquille père de famille amateur d'art, se lance dans le braquage d'un musée et dérobe 4 tableaux qu'il adore et qu'il aimerait tout simplement exposer chez lui. Mais voilà, on ne s'improvise pas braqueur ni receleur, et indépendamment du fait qu'il s'entoure d'une bande de branques encore plus nuls que lui, le film semble lui dire en permanence que "quand ça veut pas, ça veut pas !" et que si on n'est pas fait pour ça, il vaut mieux laisser tomber. Cette "erreur de casting" (je ne parle évidemment pas de l'excellent acteur) permanente rajoute au film un côté humoristique que le scénario n'a jamais, tant le personnel semble être une projection d'un Pierre Richard à l'Américaine transbahuté dans l'univers du vol de tableaux. C'est pour moi l'un des plus plus beaux films de Kelly Reichardt, que j'ai tendance à trouver très inégale, notamment parce qu'elle croit à son personnage et qu'elle parvient à rendre sa cavale passionnante même si évidemment, elle le fait avec une lenteur incroyable, décrivant chacun des gestes en temps réel, donnant au film des aspects Bressionniens. Ainsi, la montée d'un coffre en bois à l'étage d'une grange peut prendre 15mn, mais jamais on ne s'ennuie. Un mot enfin sur la reconstitution de l'époque, et du choix de l'image qui l'accompagne : c'est tellement bien fait, sans afféterie aucune, tellement réaliste, que l'on jurerait qu'on vient de tomber sur un Bob Rafelson inédit de 1972.
Revu pour montrer aux enfants, et c'est mieux que dans mon souvenir. Les deux sont des monstres sacrés et c'est toujours un bonheur de les voir jouer ensemble. Toute la préparation du casse, sur la Côte, magnifiée, est vraiment excellente, prenante et très bien mise en scène. La seconde partie, le casse, est bizarrement moins réussie, mais ça ne gâche pas le plaisir d'ensemble. Ma fille était tellement dedans qu'elle se cachait pour ne pas voir remonter les billets du fond de la piscine dans la scène finale, tellement elle ne voulait pas qu'ils se fassent serrer
Vous devez à juste titre être en droit de vous demander pourquoi j'ai regardé ça. Tout simplement parce que ce truc est un tel phénomène dans le monde mais aussi dans notre pays (des millions de livres vendus, en tête des vente depuis des années..., et même le film qui a déjà totalisé plus de 4M de spectateurs à date), que j'ai besoin de voir pour comprendre, mais aussi cela permet de prendre le pouls de pays d'essayer de voir ce que le très grand public plébiscite. Bon n'y allons pas par 4 chemins, c'est de la merde en barre. C'est une sorte de revisite du thriller domestique 90's mais complètement édulcoré par l'esprit Netflix-mondialisation, je veux m'adresser à tout le monde sans choquer personne et le truc qui en sort pourrait franchement être issu d'une intelligence artificielle. ça se veut émoustillant, notamment en choppant la bimbo du moment et celle de la génération d'avant (à propos d'Amanda Seyfried et de ce genre de film, mieux vaut revoir le troublant Chloé d'Atom Egoyan), mais ça ne soulèverait pas la soutane du moindre curé. Je ne vais pas m'étendre plus que ça, c'est le Zéro absolu, la fin de la littérature, la fin du cinéma, la fin de la pensée, mais c'est ce que les gens consomment par millions en pensant se cultiver.
La crise des subprimes expliquée en images par Adam McKay, cinéaste qui est devenu bien sérieux après ses réjouissantes premières potacheries, un peu dans le même esprit que ses autres films récents, Vice et surtout Don't Look Up qui lui ressemble beaucoup. C'est à la fois super intéressant, et un peu confus tellement ça va vite et qu'on t'asperge d'images et d'informations dans tous les sens sans forcément bien faire le tri avant.
Je n'ai jamais relu, et je en relirai sans doute jamais Pagnol, en revanche, plus le temps passe plus j'aime profondément son cinéma, d'une profondeur et d'un humanisme rare. Ce Merlusse en est un exemple frappant, celui d'un petit professeur aigri et que tout le monde craint, qu'on appelle Merlusse parce qu'il sent le poisson, et qui se voit obligé de garder en pension les enfants n'ayant pas été réclamés par leurs parents pour les fêtes de Noël. Alexander Payne en a fait un remake récemment, le superbe Winter Break, et franchement il y avait de quoi. Tout était déjà là. C'est un petit film (même dans sa durée, alors que Pagnol est d'habitude généreux), la multitude de gosses lui donne un côté Jean Vigo, mais c'est un film marquant, touchant, profond et humain.
Je connais la BO de Morricone par coeur, mais je n'avais encore jamais vu ce classique du Giallo que Carlotta vient de sortir en 4k, le rendant enfin visible au grand nombre. Belle découverte, c'est de toute évidence une réussite du genre, et qui en évite les poncifs : le film n'est pas bavard, comme c'est souvent le cas, les séquences de meurtres sont inventives, l'arme du crime aussi, mais surtout, le film ne joue pas au Whodunit à la Agatha Christie comme c'est beaucoup trop souvent le cas dans le giallo. Non, là, quand on découvre l'assassin, on se rend compte - c'est rare - qu'on ne le connaissait pas, ce n'est jamais un personnage, c'est juste la figure incarnée du mal, celle qui permet de faire avancer le récit et de faire de la mise en scène.
Je l'avais déjà vu deux fois, mais ce fut un immense plaisir de revoir l'un des deux chefs-d'oeuvre de Ron Howard (l'autre étant Portait craché d'une famille modèle), l'un des plus grands films que je connaisse sur la question de la schizophrénie, mais aussi l'un des plus beaux traitant de mathématiques, de la grandeur et de la poésie des mathématiques. C'est magnifiquement écrit (d'après un roman, lui-même d'après une histoire vraie), magnifiquement interprété (Crowe bien sûr, mais ne serait-ce pas le plus beau rôle de Jennifer Connelly) et magnifiquement mise en scène, dans un respect des codes hollywoodiens classiques.
I like your hair.